Saint-Barth -

Le sénateur Michel Magras n'a plus d'argent à distribuer

C’était la première mesure du gouvernement Macron, intégrée dans la loi de moralisation de la vie politique : la suppression de la réserve parlementaire. Cette cagnotte, allouée à tous les députés et sénateurs, leur permettait de financer des projets sur leurs territoires. Mais le contrôle de ces dépenses était plutôt mince, et des soupçons d’utilisation politique de cet argent ont pesé sur les politiques. La méfiance à l’égard des parlementaires a atteint son paroxysme pendant la campagne présidentielle, avec les affaires Fillon et Le Guen, notamment. 

A Saint-Barthélemy, deux parlementaires avaient la possibilité de redistribuer leur cagnotte : le sénateur Michel Magras, et l’ex-député des Îles du Nord Daniel Gibbs.

En 2017, ce dernier a soutenu financièrement trente associations, principalement à Saint-Martin, mais aussi à Saint-Barth. Ainsi, sur son enveloppe de 130.000 euros au total, il a accordé 3.000 euros au Club Saint-Barth Natation, et 4.000 euros à chacune de ces associations : l’Ajoe, The Youngz, l’école de Rugby des Barracudas, Galop des Îles, l’Ascco, au Judo Club Saint Barth, à la Ligue de volleyball des Îles du Nord, et l’association sportive de Gustavia.

180.000 euros en 2017

Michel Magras, lui, disposait en 2017 de près de 180.000 euros. Dont 150.000 pour son siège de sénateur, et 30.000 en tant que président de la délégation sénatoriale aux Outre-mer. « Au début, je donnais toute mon enveloppe à la Collectivité. C’est ainsi qu’a été réalisée la rue du Bord-de-Mer à Gustavia, la cabane de surf… » Finalement, la Com n’étant pas réellement en manque de moyens, le sénateur s’est reporté sur les associations. « J’ai décidé de les aider non pas pour le fonctionnement, mais pour l’événementiel, afin de faire vivre l’île ». A chaque fois, les associations doivent remplir un document visé par le ministère de l’Outre-mer, ce qui permet à Michel Magras de garantir toute la transparence sur ses dépenses. « C’est la dotation du sénateur, mais il ne faut pas oublier que c’est l’argent de l’état », souligne-t-il.

Ainsi, l’année dernière, Michel Magras a accordé : 30.000€ pour la Cata Cup, 30.000€ pour l’Open de tennis et le Kids trophy, 15.000€ au Saint-Barth Yacht Club pour la construction d’un bateau traditionnel, 14.700€ pour le Festival de musique, 20.000€ pour le festival du film, 7.500€ pour le championnat équestre à Galop des Îles, 10.000€ à Saint-Barth île d’art, 20.000€ au comité du tourisme pour le festival gastronomique, 7.500€ au projet Biorock de Turenne Laplace, 15.000€ à l’Ajoe pour l’organisation du Saint-Barth Foot challenge.

Une enveloppe pour les préfets

Jusqu’à 30.000 euros de moins, pour une association, c’est un sacré trou dans le budget. La loi de moralisation de la vie politique rédigée par François Bayrou, éphémère ministre de la Justice, comporte un sévère revers de médaille. Si les abus ne sont plus possibles, des milliers d’associations perdent beaucoup. « C’était une erreur », commente le sénateur Magras. « J’ai dit au gouvernement qu’il avait fait preuve d’amateurisme. Cette réforme n’est pas à la hauteur. Beaucoup d’élus sont montés au créneau ». 

Et voici ce qu’ils ont obtenu de la part de la majorité En Marche : une nouvelle dotation de 25 millions d’euros pour l’ensemble du territoire français (contre 150 millions auparavant), qui serait distribuée non plus par les parlementaires mais par les préfets.

« Je ne comprends pas en quoi un préfet, souvent nommé sur un territoire qu’il ne connaît pas, serait plus qualifié que le sénateur… »

Quoi qu’il en soit, la loi est passée. « Je ne pourrai plus aider les associations. Que vont-elles faire ? Je n’en ai aucune idée… »

Les anciens bénéficiaires de la réserve parlementaire devront trouver d’autres financements. Et si ailleurs en France, les structures peuvent se tourner vers les mairies, les départements ou les régions, ici à Saint-Barthélemy, le seul interlocuteur est la Collectivité. Cette dernière indique qu’elle « ne se substituera pas automatiquement à la réserve parlementaire. »

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Quid des 30.000 euros restants ?

Sur 180.000 euros à sa disposition en 2017, Michel Magras n’en a utilisé que 150.000. Deux raisons à cela : le dossier du Reefer surf club de l’Ajoe, qui pourra se voir accorder 10.000 euros, n’a pas été déposé à temps. L’association devra demander sa subvention pour 2018, car elle est inscrite au budget du ministère des Sports.

Pour les 20.000 euros restants, Michel Magras avait sollicité les services techniques de la Collectivité. Il avait dans l’idée de consacrer cette somme à la construction d’un terrain de pétanque, sur la plaine des jeux de Saint-Jean. Mais il y a eu un problème de timing entre le traitement du dossier et la délibération concernant le terrain de pétanque au conseil territorial. Le sénateur a donc proposé aux services techniques d’attribuer ces 20.000 euros à un autre projet. Mais la directrice Sophie Durand Olivaud, était absente à ce moment là, et quand elle est revenue, il était déjà trop tard pour faire parvenir la demande au gouvernement. En fin d’année, Michel Magras s’est donc trouvé avec 20.000 euros à rendre au Sénat. « C’est un concours de circonstances indépendant de notre volonté », regrette-t-on à la Collectivité.

Toutefois, cet argent n’est pas perdu. Gérard Larcher, président du Sénat, a proposé d’attribuer les reliquats des réserves parlementaires de chaque sénateur, soit 300.000 euros au total, au fonds pour la sécurité civile, pour son travail après Irma à Saint-Barthélemy et Saint-Martin.

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« C’est une très grosse perte »

Du côté des associations qui, jusqu’ici, touchaient une partie de la réserve parlementaire de Michel Magras, toutes n’ont pas encore trouvé de solution, loin s’en faut. Seul le Comité territorial du tourisme, qui bénéficiait jusque là de 20.000 euros pour organiser son festival de la gastronomie en novembre, avait prévu bien à l’avance ce trou dans son budget. « Nous avons compensé sur notre propre budget. Il y aura bien un festival de la gastronomie en 2018 », promet le président du CTTSB, Nils Dufau. Le Saint-Barth Tennis Club, qui organisait grâce à une dotation de 30.000 euros l’Open de tennis et le Kids Trophy, on attend des nouvelles de la Collectivité. « La Com a réuni toutes les associations, et on a demandé s’ils pouvaient en partie pallier ce manque », explique Yves Lacoste, président du SBTC.

« Forcément, ça va manquer, à nous comme à tous les autres j’imagine », commente Jeff Lédée de l’association Multihulls, qui organise la Cata Cup soutenue par 30.000 euros de Michel Magras. L’événement 2017 étant récent, le bureau ne s’est pas encore penché sur une solution alternative. Le Saint-Barth Foot challenge organisé par l’Ajoe, lui, n’aura pas lieu en 2018. Le Sénateur avait contribué l’an dernier à hauteur de 15.000 euros. « C’est évident que c’est une très grosse perte pour nous », indique Cécile Coudreau, présidente de l’Ajoe. « Pour cet événement qui est une très grosse organisation, on va revoir les objectifs. Il y aura certainement un tournoi, mais pas de cette envergure. Nous venons juste de récupérer le terrain de foot, c’est vrai qu’après Irma, le challenge n’était pas notre priorité… »

 

Le festival du film raccourci

« La subvention de la réserve parlementaire nous a beaucoup aidé, c’est dommage qu’elle ait été supprimée », explique Ellen Lampert Gréaux, de l’association Ciné Saint-Barth, qui organise le Festival du cinéma grâce à une enveloppe de 20.000 euros provenant du Sénat. Avec le président de l’association Rosemond Gréaux, ils ont frappé à la porte de la Direction de l’action culturelle en Guadeloupe, qui les a redirigés vers le CNC (centre national cinématographique) à Paris. « Mais là-bas nous ne connaissons personne, nous n’avons pas de relations professionnelles... » La DAC recevra quand même un dossier de demande de subvention de la part Ciné Saint-Barth, mais l’institution demande beaucoup de papiers et garanties, c’est une lourde démarche administrative. Le couple a d’ores et déjà prévu de réduire la durée du festival de cinq à six jours en 2018.




JSB 1265