A Gouverneur, les chevaux sont français mais pas européens

Dix chevaux traumatisés par Irma qui restent bloqués à Saint-Barthélemy en raison des frontières européennes. Après des mois de bagarre administrative, ils devraient pouvoir quitter l’île courant novembre.

L’organisation du rapatriement des chevaux de Gouverneur vers la métropole a demandé la mobilisation des plus hautes autorités, jusqu’au Premier ministre lui-même. Car si les bêtes sont bien de nationalité française, elles ne sont pas européennes, en raison du statut de PTOM (*) de notre île. Leur entrée sur le territoire guadeloupéen, département français donc espace dépendant de l’Union européenne, est soumise à des conditions drastiques.

Ce ne sont pas les écuries d’Augias, mais l’épreuve que traversent les bénévoles de Galops des îles y ressemble. Depuis plus d’un an, la cavalerie éclopée de l’association attend. Elle ne vit que de dons et subventions. Très rapidement après Irma, l’encadrement du centre équestre avait décidé de rapatrier les chevaux blessés et/ou vieillissants vers des lieux d’accueil en France où ils pourront jouir d’une retraite au vert. Ne serait-ce que pour leur éviter un nouveau cyclone, sans abri adéquat sur l’île.

Transporter dix chevaux en bateau par-delà l’Atlantique, ce n’était déjà pas une mince affaire. Une fois les papiers et certificats vétérinaires rassemblés en bonne et due forme, le grand départ était prévu en juillet. Quelques heures de bateaux jusqu’à la Guadeloupe, une escale, puis la grande traversée jusqu’à Dunkerque.

Mais trois semaines avant le jour J, l’administration s’est aperçue d’un gros hic : Saint-Barthélemy ne fait pas partie intégrante de l’Union européenne. Du coup, ces chevaux sont considérés comme étrangers. Les démarches, déjà corsées, ne sont plus du tout les mêmes.


Jusqu’à Matignon

Les bêtes doivent notamment être soumises à une période quarantaine de trente jours, en Guadeloupe, avant d’embarquer pour la métropole. Sauf que la Guadeloupe ne dispose pas d’espace clos proche du port pour accueillir dix chevaux sous haute surveillance pendant un mois. La situation est restée bloquée durant des semaines. La Collectivité et Galops des îles ont même envisagé de construire, en Guadeloupe, un abri pour la quarantaine des chevaux… Solution coûteuse et légèrement ubuesque.

Face à la détresse de l’équipe de Galops des îles, qui se heurtait à un véritable mur administratif, la Collectivité lui est venue en aide en la personne de Bruno Magras. Le Président a lui-même pesé auprès des services vétérinaires et du préfet de la région Guadeloupe, Philippe Gustin. Sans succès. Il a alors profité du comité interministériel à la reconstruction, réuni lundi 17 septembre à Matignon, à Paris, pour exposer le problème au Premier ministre Edouard Philippe. « Nous ne sommes pas dans une situation d’élevage de chevaux que nous souhaiterions exporter vers l’Europe, nous sommes dans une situation post-cyclonique où on a dix chevaux qu’on va laisser mourir à Saint-Barthélemy si on ne les exporte pas », rappelait le Président au conseil territorial du 14 septembre. « S’il faut que j’en parle également au président Macron lorsqu’il viendra le 30 septembre, je lui en parlerai ! »

 

Quarantaine à domicile

Ce ne sera pas la peine : la situation à Gouverneur a été débloquée dans la foulée du comité interministériel.

Galops des îles ne sera pas dispensé de la quarantaine, mais elle pourra se faire ici à Saint-Barthélemy. Une structure provisoire abritera les chevaux sous des moustiquaires, avec pédiluve et accès réservé aux seuls soignants et au vétérinaire agréé.

L’accès à l’ensemble du centre sera interdit aux visiteurs, et l’équipe demande à tous de respecter cette règle pour ne pas mettre en péril le protocole. Protocole qui représente, entre l’installation, les analyses, la nourriture et l’eau, 7.000 à 8.000 euros de plus pour l’association.

Une fois testés et analysés, les chevaux pourront monter dans le container pour un dernier voyage en direction de la fraîcheur hexagonale, qui leur fera le plus grand bien.

A la place du centre équestre, la Collectivité a déjà décidé de créer, avec la même association, une ferme pédagogique pour les enfants.

 

> Pour faire face à ces nouveaux frais, Galops des îles a toujours besoin de la générosité de tous. La cagnotte au nom de l’association est toujours ouverte à cette adresse : https://www.leetchi.com/c/solidarite-centre-equestre-saint-sarth-irma


(*) PTOM : Pays et territoires d’outre-mer. Ce sont des territoires des pays membres de l’Union européenne, mais qui ne font pas partie de l’UE ni de l’espace Schengen.

 

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Une mini-écurie installée sur le porte-container

Le transport d’animaux est un secteur réglementé et compliqué, et peu d’entreprises se partagent ce marché de niche. Le voyage des équidés de Galops des îles a été organisé par Cominter, société basée dans les Yvelines. Stéphane de Sarrazin, son gérant, est davantage habitué aux transports aériens. « Mais entre la métropole et les Antilles, il n’y a plus de vol cargo depuis dix ans. Les compagnies ont modifié leur flotte et acheté de plus gros avions, qui transportent les passagers et le fret en soute. Ainsi, je transporte des poneys, chèvres ou moutons dans les soutes des avions passagers. Mais un cheval, ce n’est pas possible... » D’où la solution maritime, que Cominter, sous cette forme, est la seule à proposer. Les chevaux seront embarqués au port de commerce de Saint-Barthélemy dans des containers, qu’ils ne quitteront plus jusqu’à l’arrivée à Dunkerque, une dizaine de jours plus tard.

« Ce sont des containers normaux, aménagés en boxes », explique Stéphane de Sarrazin. « Ils sont découpés, réaménagés, et agréés par les services vétérinaires. Un container accueille trois chevaux. Sur le bateau, ils seront disposés en U, pour que les chevaux voient leurs congénères, comme dans une mini-écurie.» Au dessus d’eux, un simple container vide occupera l’espace pour les protéger du soleil. En cas d’intempérie, ils seront à l’abri au centre des hautes colonnes de caisses de marchandises. « Pour trois containers, on utilise un espace qui pourrait en accueillir trente-six. »

Sur le premier navire jusqu’à Pointe-à-Pitre, les chevaux n’auront que quelques heures à passer en mer. Ils seront ensuite débarqués, et resteront dans leurs containers-écurie durant trois jours, dans un entrepôt des douanes, avant d’être chargés sur le cargo qui traversera l’Atlantique. « On s’interdit de faire plus d’une escale sur un voyage, car c’est la partie la plus délicate », précise Stéphane de Sarrazin. C’est à Pointe-à-Pitre que l’équipe de Saint-Barth qui prend soin d’eux leur dira au revoir. Tout au long du trajet jusqu’à Dunkerque, ils seront accompagnés d’un soigneur agréé. Une fois les sabots en métropole, ils pourront rejoindre en van les prés de leurs différentes familles d’accueil.



JSB 1296

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