Saint-Barth - Projet station d'e?puration STEP  Grand Cul de Sac

Une station d’épuration à Grand-Cul-de-Sac ? Les riverains inquiets

«On n’a pas percuté tout de suite et on se demande d’où ça sort. » Assis autour d’une table, plusieurs résidents du quartier de Grand-Cul-de-Sac oscillent encore entre stupéfaction, effroi et colère. Quelques jours plus tôt, par le biais d’un coup de fil amical, une habitante apprend qu’un projet de zonage d’assainissement pourrait « bouleverser sa vie, celle de ses voisins, de ses enfants, celle des plus respectueux de la nature, celle de l’île ». L’objet de la découverte est inscrit dans le dossier du projet de zonage d’assainissement de l’île mis à la disposition du public entre le 8 et le 22 juin. Il s’agit du projet de création d’une station d’épuration (Step) à Grand-Cul-de-Sac « afin d’assurer le raccordement des secteurs Grand Cul-de-Sac, Petit Cul-de-Sac et Marigot », est-il précisé dans le document.
L’annonce de la mise à disposition du public a été diffusée le 10 juin, soit deux jours après son commencement. Le dossier comprend une estimation du coût du projet (près de 6,9 millions d’euros), des éléments précis sur la topographie et les équipements déjà existants, et une proposition est formulée : celle de « classer les zones urbaines raccordables gravitairement en assainissement collectif futur, dans la perspective de la création d’une Step dédiée ». Il est également indiqué que, dans la perspective d’entreprendre la construction de la station, sur des parcelles situées à proximité de l’étang et du lagon, des acquisitions foncières seront nécessaires.

Xavier Lédée : « Aucun projet arrêté »
La nouvelle a rapidement circulé parmi les habitants du quartier. Une pétition invitant à dire « non au projet de zonage de système d’assainissement dans la zone » a été créée sur le site Change.org et recueillait, au soir du mercredi 24 juin, 416 signatures. Des riverains se sont également rendus in extremis à l’hôtel de la Collectivité pour formaliser leur contestation. «Tout faire en quatre jours pour déposer un dossier, c’est forcément à l’arrache », peste une habitante. Et les questions fusent.
Des interrogations que ce collectif constitué en une poignée de jours a adressé au président du conseil territorial et aux élus du conseil exécutif. Pourquoi ? Parce que chacun d’eux a voté favorablement la mise à disposition du public du projet de zonage d’assainissement. Un document qui n’est autre que le projet de délibération qui pourrait être, par la suite, soumis au vote des élus du conseil territorial pour approbation.
« Après plusieurs appels pour contacter nos élus, la réponse est toujours la même : nous avons signé mais nous n’avions pas vu pour Grand-Cul-de-Sac, on pensait que seuls Gustavia et Saint-Jean étaient dans le projet », pestent les riverains, qui attendent des réponses à leurs questions.
Contacté par le JSB, le président Xavier Lédée assure : « Aucun projet n’est arrêté. » Première vice-présidente, Marie-Hélène Bernier confirme : « La seule chose qui a été votée pour l’instant est la mise à disposition au public de l’étude. Rien d’autre. Le projet de station d’épuration n’est donc pas arrêté à ce stade. » Il en faudra davantage pour convaincre des habitants aussi inquiets que remontés.

 

Projet de zonage d’assainissement à Grand Cul-de-Sac - Lettre ouverte et questions des riverains aux élus territoriaux

«Aujourd’hui, lundi 22 juin jusqu’à 17H00, seulement 12 jours après la mise en ligne complète du projet, nous avons contesté ce projet, mis en place une pétition en catastrophe mais nous, habitants du quartier de Grand Cul de Sac, avons des questions qui méritent des réponses honnêtes et nous vous adressons donc ce courrier en attente de retour, sans discours politiciens, sans passe-passe, sans c’est la faute des autres. 

À l’attention de la Collectivité de Saint-Barthélemy, des responsables du projet et de la population

Monsieur le Président, 
Messieurs et Dames élus,
Le projet d’implantation d’une future station d’assainissement au secteur de Grand Cul-de-Sac avec les rejets prévus dans les étangs protégés par le code de l’environnement de Saint-Barthélemy, suscite de profondes incompréhensions et stupéfaction parmi les riverains, les usagers du lagon et les habitants attachés à la protection du patrimoine naturel exceptionnel du lagon, le joyau de notre île.
Pourtant, ce projet cumule plusieurs facteurs de risques qui aurait dû vous interpeller.

1. Une implantation à moins de 30 mètres d’habitations
Le site envisagé se situe à proximité immédiate de plusieurs maisons, or une station d’assainissement produit naturellement :
• du sulfure d’hydrogène (H?S), gaz toxique ;
• de l’ammoniac ;
• du méthane ;
• des bioaérosols ;
• des nuisances olfactives parfois permanentes.
Gaby, maman de deux petites filles demande si vous, tous les élus concernés auriez accepté de voir grandir vos enfants près de ses gaz. Vous allez peut-être tenter de nous rassurer par une future étude sanitaire programmée avec des garanties concrètes mais dans le fond, vous, nos élus, l’auriez-vous accepté ?
Josiane demande ce qu’elle peut dire à Églantine, l’une des doyennes du quartier, ne t’inquiète pas, ils ont dit que ce projet ne commencerait pas maintenant. Tu ne verras pas cette horreur à 30m de chez toi. On attend votre réponse pour qu’elle reste en paix chez elle.
Carla, en contact avec les personnes fragiles de l’île ayants des problèmes respiratoires, vous demande si vous avez bien pris la mesure de ce qu’une telle décision impliquera dans notre quartier en termes de santé publique

2. Un terrain situé en zone inondable et exposé à la submersion marine et la propriétaire n’est pas informé 
Le terrain d’implantation selon les critères géorisques de l’adresse est situé dans une zone reconnue comme inondable et vulnérable à la submersion marine, Irma nous l’a bien fait comprendre
Dans un territoire régulièrement exposé aux cyclones, cette situation pose des questions évidentes :
• que se passera-t-il en cas de montée des eaux comme à la dernière pluie intense du 15 avril 2026 ?
• les installations sont-elles conçues pour résister à une submersion ?
• un débordement ou une rupture de bassin pourrait-il provoquer un rejet direct d’eaux non traitées ?
• Avez-vous déjà un plan de gestion de crise ?
• des rejets vers un lagon écologiquement sensible ;
Vous connaissez l’île et savez que le secteur est risqué et Irma a bien mis en évidence que la future station qui doit réunir Marigot, Petit Cul de Sac et bien sûr Grand Cul de Sac, communiquera directement avec le lagon.
Antony se demande si vous savez exactement ce qu’est une station d’épuration et quel est le coût d’un tel projet qui nécessite de casser les routes encore une fois alors qu’il a déjà investi beaucoup d’argent dans sa construction pour être en conformité dans l’assainissement.

Jennifer demande pourquoi ne pas mettre aux normes les stations non-conformes puisque vous les avez identifiées ?

Marlène, elle, fille de la défunte propriétaire partie il y a 3 mois, pleure de se dire que sa maman n’aurait jamais voulu ça et elle se demande encore comment avez-vous osé mettre cette parcelle dans votre projet, qu’allez-vous faire, le réquisitionner ? Lui prendre la seule chose qui reste de sa maman ?
Est-ce le début des réquisitions dans l’intérêt dit publique et si c’est ça, tous les propriétaires de terrains de l’île peuvent commencer à s’inquiéter car il y a beaucoup de projets dans les bureaux de la collectivité  

3. Un rejet vers les étangs protégés qui communiquent avec le lagon de Grand Cul-de-Sac
Le point le plus préoccupant reste la destination finale des eaux traitées dans les étangs protégés par le code de l’environnement de Saint-Barthélemy qui communiquent avec le lagon
Le lagon de Grand Cul-de-Sac est l’un des écosystèmes les plus précieux de Saint-Barthélemy :
• herbiers marins ;
• nurseries pour de nombreuses espèces ;
• zones de reproduction ;
• biodiversité remarquable ;
Lily, jeune fille de l’île demande si vous êtes prêts à prendre le risque que notre lagon disparaisse suite à un incident, inévitable pour une station d’épuration, alors que vous connaissez déjà la problématique avec les rejets de la Step de Gustavia. Devons-nous prendre le risque, vraiment, même si notre coeur à la défense de la nature nous appelle à trouver la solution, devons-nous tout risquer tout en sachant que la houle du lagon ne permettra pas d’endiguer les rejets accidentels comme à Gustavia où le mouvement marin est plus bénéfique.

4. Le principe de précaution a-t-il réellement été respecté ?
Comment justifier :
• une implantation aussi proche des habitations ;
• une localisation en zone à risques naturels ;
• des rejets vers un lagon écologiquement sensible ;
sans transparence, sans enquête locale, sans discussion de quelque sorte, sans concerter la propriétaire, sans voir les professionnels d’assainissement. 
Magali se demande pourquoi, dans le projet, rien n’est mentionné sur la problématique de l’exploitation d’une Step à Saint-Barthélemy alors qu’à plusieurs reprises, celle de Gustavia a montré ses faiblesses. Dans notre cas, si une rupture venait à se produire, ce n’est pas juste 15 jours sans eau comme avec l’incident de la SIDEM, c’est une catastrophe écologie à long terme dans notre lagon
Thibaut demande si vous allez modifier le code de l’environnement de Saint-Barthélemy concernant les étangs ?
Fredy, lui qui a payé très cher pour sa conformité d’assainissement, devra-t-il encore payer pour se raccorder ?

Personne ne remet en cause la nécessité de moderniser les infrastructures d’assainissement mais moderniser ne peut signifier exposer :
• les habitants à des risques sanitaires ;
• le lagon de Grand Cul-de-Sac à une dégradation progressive ;
• le territoire à un risque supplémentaire en cas d’événements climatiques extrêmes.

Aurore et son fils Clément, issus d’une famille profondément ancrée à Grand-Cul-de-Sac vous interrogent : « Quel héritage souhaitons-nous laisser aux générations futures? Une île qui aura su préserver la beauté de ses paysages, l’authenticité de ses quartiers et sa qualité de vie tout en trouvant des solutions adaptées à ses besoins, ou une île qui les aura progressivement sacrifiées au nom de choix dont les conséquences ne seront pleinement mesurées que demain ?
Ne faisons pas la même erreur que nos voisins insulaires
À Saint-Barthélemy, notre environnement est notre richesse la plus précieuse. La prise de risques pourrait avoir des conséquences durables et irréversibles. 
Nous demandons donc que l’ensemble des études, expertises et garanties soient rendues publiques avant toute décision définitive, un abandon de ce projet de STEP sera le plus apprécié pour que la sérénité des habitants du quartier, pas en quinze jours de mise à disposition comme ce projet, pas par la passerelle de diffusion très discrète, parce qu’en matière de santé publique, de sécurité et d’environnement, l’absence de réponse ne peut jamais valoir approbation.

Mais dans la finalité, si vous étiez à notre place, vous, élus qui avez signé, ce projet aurait-il été discuté ?
Quand a ceux qui pense que c’est la solution miracle pour assainir totalement le lagon, nous leur proposons de mettre leur terrain à disposition et d’endosser la responsabilité d’une future mais lente disparition de ce joyau de la nature. »

Signataires : riverains, habitant du quartier, professionnels de la mer, défenseurs du patrimoine naturel.

 

 

Journal de Saint-Barth N°1671 du 25/06/2026

Brevet des collèges
Step à Grand Cul de Sac
Nouveau stade