Le samedi 13 juin, les parois de l’un des réservoirs tampon de l’usine de production d’eau potable de Public ont rompu, laissant s’échapper plusieurs centaines de mètres cubes d’eau tout en endommageant des conduites d’eau et le « pipe » d’alimentation en carburant de la centrale EDF.
La matinée du samedi 13 juin débute de la manière la plus paisible dans la zone de Public. Mais peu après 8 heures, le chaos s’installe. A tout le moins pendant quelques secondes. Sans explication, pour l’heure, les parois de l’un des réservoirs tampon de l’usine de production d’eau potable de la Sidem explosent. Des pans de murs en béton s’effondrent et des centaines de mètres cubes d’eau se déversent dans la zone industrielle de l’entreprise Rubis. Quant aux plaques de béton, elles tombent sur des conduites d’eau de la Sidem et sur le tuyau d’alimentation (le « pipe ») en carburant de la centrale EDF. Une catastrophe industrielle inédite à Saint-Barthélemy qui entraîne immédiatement des conséquences pour l’ensemble de la population.
En effet, la production et la distribution d’eau potable sont mises à l’arrêt. Une situation qui perdure sur toute l’île depuis l’accident. Dès le signalement de la rupture du réservoir, les opérations d’intervention s’organisent. Les techniciens de la Sidem sont en première ligne, tout comme les sapeurs-pompiers du Service territorial d’incendie et de secours (Stis). En particulier l’Unité de sauvetage, d’appui et de recherche (Usar) qui est rapidement sollicitée pour inspecter le site. La police territoriale, la gendarmerie, la Saur, EDF, Rubis ainsi que les services de la Collectivité territoriale sont mobilisés.
Dans un premier temps, un diagnostic de la situation est effectué tandis que la coordination des opérations se met en place, par le biais du COT (Centre opérationnel territorial). Une structure désormais bien rodée qui doit permettre de faire face aux différentes crises, même les plus improbables.
Des approvisionnements en eau
En coopération avec les services de la Collectivité, le directeur du centre hospitalier Irénée de Bruyn, Éric Djamakorzian, procède au remplissage complet de la citerne de l’établissement de santé en utilisant le réservoir de Vitet. « On a une citerne remplie à moitié, explique le directeur. En cas d’alerte cyclonique, on la remplit entièrement trois ou quatre jours avant. Là, ce n’était pas prévu. » Dans le même temps, le stock d’eau potable en bouteille commandé pour la saison cyclonique est récupéré. L’hôpital et l’Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) peuvent donc continuer à fonctionner, mais sous restrictions. Car même avec des réserves pleines, l’hôpital ne dispose que d’une autonomie de quatre à six jours.
La Collectivité s’assure également que les établissements scolaires et les Maisons d’assistantes maternelles disposent de réserves en eau suffisantes. De plus, un premier point de distribution d’eau non potable est installé au niveau des sanitaires, au fond du parking de l’hôtel de la Collectivité, puis un deuxième devant le stade de Saint-Jean. Un troisième doit être mis en place à Lorient.
Parallèlement, une distribution d’eau potable en bouteille est organisée par les services de la Collectivité à l’attention de la population considérée comme la plus fragile (personne isolée, famille avec des enfants en bas âge, etc). Les particuliers comme les professionnels peuvent également se faire livrer de l’eau. « L’eau récupérée à la Sidem n’est pas facturée, pas plus que celle mise à disposition sur le parking de la Collectivité et sur le parking de Saint-Jean », a précisé le président du conseil territorial Xavier Lédée lors de l’une de ses interventions en ligne sur un réseau dit « social ».
Sur site, des interventions délicates
Sur les lieux de l’accident, les sapeurs-pompiers de l’Usar ont procédé en plusieurs étapes. Avec minutie et l’aide d’un commandant du SDIS de Guadeloupe, conseiller technique Usar, dépêché en urgence à Saint-Barthélemy, ainsi qu’en collaboration avec les agents de la Sidem, de Rubis et d’EDF. La zone étant classée Atex (zone à risque d’explosion puisque des matières inflammables y sont stockées), des mesures strictes de sécurité doivent être prises.
Grâce au matériel de Rubis et à des appareils d’explosimétrie, le site a été placé sous surveillance constante. Deux télémètres apportés de Guadeloupe ont également été utilisés afin de détecter des éventuels mouvements de structure pour prévenir les risques d’effondrement. Les pompiers ont ainsi pu procéder à un étaiement afin de stabiliser les poutres de béton. Ensuite, les pans de murs effondrés ont été découpés puis enlevés à l’aide d’une grue importée de Saint-Martin. Une première phase qui a pris fin hier, le mercredi 17 juin.
La deuxième phase, celle de la réparation des équipements endommagés, doit donc commencer ce jeudi 18 juin.
Des tuyaux à remplacer
Pour la Sidem, en plus de la perte d’un réservoir tampon qui contenait de l’eau produite et traitée avant d’être envoyée vers le château d’eau de Colombier, deux conduites d’aspiration ont été endommagées. Fort heureusement, le matériel de remplacement est stocké sur l’île.
Du côté d’EDF Archipel Guadeloupe, le directeur pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy, Pierre-Yves Gillot, assurait dès lundi que ses équipes étaient prêtes à intervenir pour effectuer des réparations sur le « pipe » carburant endommagé. « Notre matériel est arrivé, indique le directeur. Nous attendons que la zone soit sécurisée. Il reste une partie administrative à régler puisque le pipe qui va être remplacé se trouve sur la zone de Rubis. »
Mardi, une livraison de carburant par un pétrolier pour ravitailler la centrale a été reportée. La structure dispose d’une quinzaine de jours d’autonomie avant l’arrêt des moteurs.
Des conséquences
Pour les habitants comme pour les socio-professionnels de l’île, la mise à l’arrêt du réseau de distribution d’eau potable a eu des conséquences. Pour les habitations et les entreprises équipées de citernes, la situation est moins compliquée. Elle implique toutefois des contraintes et des choix. Des établissements ont considérablement réduit leur activité quand d’autres se sont mis en pause pour économiser leurs réserves (comme le Nikki Beach, fermé mardi et mercredi). Pour les habitants dont le logement n’est pas équipé d’une citerne, la galère est quotidienne. « Ce n’est pas facile mais j’ai connu Irma, alors là ce n’est rien », sourit une femme venue remplir des bouteilles devant le stade.
A Public, l’impasse de l’industrie étant fermée, la déchetterie dédiée aux particuliers reste fermée. Tout comme la piscine territoriale, à Saint-Jean.
Lors de son intervention en ligne du mardi 17 juin, le président Lédée a indiqué avoir pour objectif une reprise de la production et de la distribution d’eau « d’ici à la fin du week-end ». Quoi qu’il en soit, plusieurs jours seront nécessaires après la reprise pour réalimenter le réseau. En attendant, la sobriété en matière de consommation d’eau et d’énergie reste la règle.
Ensuite viendra le temps d’apporter des réponses à plusieurs questions. La principale étant : comment un incident de ce type a-t-il pu se produire ?
