Saint-Barth - Sargasses

Sargasses : comment la lutte s’organise

Des sargasses qui arrivent par nappes avant de s’échouer par tonnes. Depuis 2011 et l’apparition des bans d’algues brunes sur les côtes des îles de la Caraïbe, le phénomène n’a eu de cesse de s’amplifier. Une présence envahissante, polluante et destructrice qui se voulait saisonnière mais qui désormais semble vouée à s’étendre sur un temps beaucoup plus long. Comme le confirme le secrétaire général de la préfecture de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, Fabrice Thibier.

« Une énorme ceinture de sargasses »
Lors de la réunion de présentation du plan Sargasses III organisée le 6 mai en l’hôtel de la Collectivité, les problématiques propres à Saint-Barthélemy ont été abordées en présence du coordinateur national du plan. « On a enfin un consensus scientifique assez récent, assure le collaborateur du préfet. On pensait que les sargasses se multipliaient à cause du fleuve Mississippi, de l’Amazonie, des fumée liées à la déforestation en Afrique centrale ou en Amérique du Sud. En fait, on se rend compte que c’est un peu plus embêtant que cela. En 2011, il y a eu une variation de courant des Canaries qui a arraché un bout de la mer des sargasses et l’a entraîné dans le courant nord tropical. En dix ans, cela a créé une énorme ceinture de sargasses qui, aujourd’hui, n’est plus saisonnière et rassemble plus de 35 millions de tonnes de matières organiques. C’est pour ça que l’on a un phénomène pérenne, qui va être plus long. Avant c’était entre juillet et septembre, maintenant on risque d’en avoir entre mars jusqu’à novembre ou décembre. » Une saison plus longue et des pics d’échouements plus nombreux et plus intenses, en somme.

« On va apprendre »
Après des années d’inertie au cours desquelles seul le ramassage des algues échouées a été privilégié, la Collectivité territoriale a enfin décidé de lancer un programme de lutte. Sous l’impulsion de l’élu chargé des questions environnementales, Rudi Laplace, un marché d’installation de barrages déviants a été initié. Le premier devrait être installé dans la baie de Marigot en août prochain, a-t-il été annoncé. Un barrage « test » avant d’en poser d’autres dans les trois prochaines années pour protéger les baies les plus touchées. La Collectivité a prévu d’investir plus de sept millions d’euros dans cet essai. Sans compter le budget consacré au ramassage quotidien sur les plages de l’île. «On va apprendre », a déclaré Rudi Laplace lors de la réunion du 6 mai, ajoutant : « Il n’y a pas de solution miracle, il faut se battre. »
Lors de la précédente mandature, en 2018, la pose de barrages avait été étudiée puis abandonnée. Celle-ci ayant été considérée comme inefficace sans l’appui d’un autre dispositif. Comme celui d’un bateau de ramassage en mer. Une solution qui, pour l’heure, n’a pas été évoquée par la Collectivité.

Des dispositifs mais pas de solution
Ailleurs, les barrages flottants et déviants sont déjà utilisés. En Guadeloupe, par exemple. Entre Petit-Bourg et Baie-Mahault, un barrage s’étend sur 3,3 kilomètres. A Arnouville, où les sargasses sont déviées quand le courant ne fait pas des siennes, une plateforme a été construite afin d’effectuer la collecte des algues avant qu’elles ne s’échouent. A Terre-de-Haut, sur la plage de Pompière, un barrage expérimental a aussi été installé. Dans les deux cas, le système ne fonctionne qu’avec la conjugaison d’un ramassage en mer et d’une collecte sur le littoral. Car des algues réussissent à passer et à polluer la vie des habitants. Le dispositif montre donc ses limites.
En Martinique, en plus des barrages, un bateau de ramassage en mer, le Sargator (dans sa troisième version) est utilisé. Un engin dont le coût est de 300.000 euros. Conçu en Guadeloupe, le navire permet de récolter jusqu’à 80 tonnes d’algues par heure. Des sargasses qui sont disposées dans de grands sacs avant d’être envoyés par le fond. Une solution qui, d’un point de vue environnemental, pose quelques difficultés. 
A Saint-Vincent-et-les-Grenadines, à la Barbade, à Porto Rico et ailleurs, des expérimentations sont en cours. A la fois pour la protection des côtes et la transformation des algues sargasses. Avec le concours de chercheurs universitaires et de sociétés spécialisées dans l’innovation. Un inventeur français, Thibault Chatillon, directeur général de la société Tami (Terre air mer innovation) a même conçu un drone marin destiné à ramasser les sargasses, a-t-il été rapporté en début d’année dans un article de Ouest-France.
A Saint-Barth, le volume d’algues ramassé sur les plages aurait augmenté d’environ 40% en trois ans. Sans oublier qu’il reste à régler le problème du stockage et de l’évacuation. Un chantier de grande ampleur et crucial pour l’avenir sanitaire et économique de l’île.
 

 

Journal de Saint-Barth N°1665 du 13/05/2026

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