Responsable du centre météorologique de Guadeloupe pour météo France, Thierry Jimonet évoque les tendances de la saison cyclonique 2026 qui a officiellement début le 1er juin.
Quelle est la situation en ce début de saison ?
La température de la mer, de l’océan Atlantique, entre l’Afrique et l’arc antillais, est proche de la normale, voire un peu en dessous. Ce qui est plutôt une bonne chose pour l’instant. C’est lié à beaucoup d’alizés ces derniers mois, réguliers, qui n’ont pas permis à la température de la mer de monter très haut. A plus grande échelle, c’est lié au phénomène Enso, donc El Niño et la Niña. Mais pour cette saison, les prévisions sont d’une remontée au-dessus de la normale de la température sur l’Atlantique, ce qui va nous défavoriser en termes d’activité cyclonique.
Les prévisions sont toutefois inférieures à celles des années précédentes.
On peut s’attendre à ce que l’on ait moins de phénomènes sur l’Atlantique, oui. C’est ce que signalent l’ensemble des centres météorologiques mondiaux. On devrait être à onze cyclones nommés, avec une incertitude de plus ou moins trois. Cinq ouragans avec une incertitude de plus ou moins deux, et entre un et trois ouragans majeurs sur l’Atlantique. Mais il faut rester méfiant parce que la température de la mer va remonter et favoriser de l’activité cyclonique. En 2025, le nombre a été inférieur à la normale. Mais cela n’a pas empêché d’avoir une saison très active avec trois ouragans de catégorie 5 sur l’Atlantique. Notamment Mélissa pour la Jamaïque. Une fois encore, ce n’est pas parce qu’on a un nombre inférieur de phénomènes qu’il n’y a pas de danger. En 1997 et 2015, on a eu des configurations analogues. Avec huit phénomènes en 1997 et onze en 2015, des tempêtes qui ont donné énormément de pluie qui ont provoqué beaucoup de dégâts. Ces dernières années, on a eu énormément d’impact liés à des activités pluvieuses importantes. L’eau est le plus grand danger. Il suffit d’un phénomène. L’an dernier, Erin est passé à 150 kilomètres des Iles du Nord, heureusement du bon côté.
Les tendances de ce début de saison laissent-elles entrevoir la possibilité d’un phénomène précoce, comme Beryl en 2025 ?
On n’est pas dans la même configuration que l’an dernier puisque la température de la mer était beaucoup plus élevée en début de saison. Donc c’est moins propice à ce genre de phénomène majeur. On peut s’attendre à un démarrage plus tardif. La grosse inconnue, c’est l’intensité des brumes de poussière saharienne. On n’a pas d’indication pour savoir si l’on va en avoir beaucoup ou pas. C’est un autre élément qui peut perturber la saison.
Quels sont les effets des brumes de poussières ?
De manière globale, ces brumes apportent de l’air très sec à trois, quatre mille mètres. Justement à des altitudes où les cyclones ont besoin d’une humidité importante. Donc ce n’est pas favorable. Mais tout dépend de la trajectoire, car dans certains cas cela peut les favoriser. Donc c’est très complexe à déterminer !
Quelle est l’évolution du phénomène El Niño ?
On s’orienterait vers une anomalie relativement forte de température sur l’océan Pacifique. En temps normal on a des alizés qui partent du Nord de l’Amérique du Sud. Lorsque le vent quitte l’Amérique du Sud vers le Pacifique, il entraîne des masses d’eaux. Comme la nature a horreur du vide, ce déplacement est compensé par une remontée des eaux profondes, donc plus froides. Et on se retrouve avec des eaux en dessous de la normale sur le pacifique. Mais avec El Niño, c’est l’inverse qui se produit et on se retrouve avec des eaux très chaudes qui génèrent des températures plus élevées aussi dans l’air. La corrélation de ces eaux plus chaudes proches de nous va générer une activité cyclonique sur cette zone Pacifique et modifier les vents en altitude qui se propagent vers l’Atlantique et ne favorisent pas l’activité cyclonique chez nous.
Comment et où bien suivre la saison cyclonique ?
Sur le site de Météo France, bien entendu ! On ne va pas s’intéresser à tous les phénomènes sur l’Atlantique mais on a un bulletin cyclonique édité tous les jours. Il indique l’activité des ondes tropicales jusqu’au phénomènes cycloniques qui peuvent nous impacter. Il y a aussi le site du NHC (National hurricane center), avec des graphiques, qui montre les probabilités de formation quand des ondes tropicales se forment.
