La cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Saint-Barthélemy s’est déroulée le vendredi 9 octobre. Au-delà des discours officiels prononcés sur le site du Fort Gustav III, ce sont les interventions des écoliers de l’île qui ont marqué ce rendez-vous annuel avec la mémoire.

Jamais, dans sa courte histoire, la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Saint-Barthélemy n’a connu une telle affluence. En ce vendredi 9 octobre, de nombreuses personnes ont effectué le déplacement sur les hauteurs du Fort Gustav III. Parmi elles des officiels, bien entendu, quelques habitants de l’île attachés à ce rendez-vous d’histoire et de mémoire, mais surtout des parents et des personnels du corps enseignant. Car, au-delà des discours prononcés par le président du conseil territorial, Xavier Lédée, et celui du délégué du préfet de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, Joris Eberhardt, ce sont les écoliers de l’île qui ont donné le ton de la cérémonie.
Par des chants, de la musique (grâce à la participation aussi remarquée des élèves du professeur de musique du collège Mireille Choisy, Julien Séguret), des textes récités, mais aussi par les travaux réalisés depuis deux ans au sein du groupe scolaire de Gustavia. Nathalie Galou et Anne-Sophie Teyras, enseignantes au sein de l’établissement, ont dirigé et accompagné les écoliers dans leurs recherches et leurs créations. « Nous sommes très fiers, en ce jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, de vous lire les mots de René Depestre, un poète haïtien engagé, a ainsi déclaré Nathalie Galou. Mais aussi de vous présenter la fresque réalisée par les élèves de CM2 du groupe scolaire de Gustavia en 2025/2026. Des travaux qui ont pris du temps de recherches, de lecture les travaux de Richard Lédée et de ceux qui ont pu être menés dans les Antilles. » Une fierté partagée par les parents et les enseignants présents.

Se questionner, se fâcher…
« Notre idée était que les élèves de CM2 participent à cette cérémonie à travers leurs travaux, explique Nathalie Galou. Ils ont étudié cette période de l’abolition. On essaye de mêler les matières qu’ils aiment, comme les arts plastiques, l’écriture. On a d’abord étudié le fromager, cet arbre qui est au cœur de l’esclavage, qui représente la peur, la souffrance mais aussi la liberté, et ensuite on leur a proposé une production plastique. » Un travail de longue haleine qui, d’évidence, a passionné les enfants. « Ils ont pris du plaisir à travailler, assure leur enseignante. Ils ont appris des mots, les étapes de l’esclavage, le combat pour la liberté. Ces travaux leur ont permis de se questionner, de se fâcher parfois… Travailler sur cette production a suscité beaucoup d’émotion chez les élèves. Donc nous sommes très fiers de présenter leur travail. »
Anne-Sophie Teyras, également professeure au sein du groupe scolaire de Gustavia, souligne l’importance de la méthodologie de telles recherches avec de jeunes enfants : « Pour aborder ce sujet, on effectue un rappel historique de cette période longue et douloureuse qui a commencé au 16e siècle, par des lectures de témoignages de cette époque, puis un travail d’échanges se fait avec les enfants. Tout cela leur permet d’exprimer ensuite par des mots, des images, la souffrance mais aussi la joie de la libération, la mémoire, le souvenir. On travaille beaucoup de compétences et de disciplines avec ce projet. Dans le programme d’histoire en CM1-CM2, on parle de la Révolution française, une période qui est marquée par beaucoup de violence et qui peut être considérée comme sordide et inhumaine. Des moments de l’histoire sont violents et pourtant il faut les enseigner. Alors il existe des moyens de le faire sans proposer des représentations choquantes. Par des textes, des images, des échanges, c’est possible. Pour expliquer aujourd’hui l’importance du respect d’autrui, de la liberté. »
Suspendus aux branches du fromager, les fresques réalisées par les écoliers ont pu être observées par le public à la fin de la cérémonie. Une récompense et une fierté pour le travail qu’ils ont effectué. Un travail de mémoire, indispensable, 179 ans après l’abolition de l’esclavage par le royaume de Suède à Saint-Barthélemy.

Richard Lédée, au bout du combat
S’il existe une date pour commémorer l’abolition de l’esclavage à Saint-Barthélemy, c’est grâce aux travaux de recherche menés avec pugnacité par Richard Lédée. Le 12 juin 2009, le conseil territorial a adopté à l’unanimité une délibération qui a reconnu le 9 octobre comme la date officielle de l’abolition de l’esclavage à Saint-Barth. Il faudra trois années de plus à l’État français pour officialiser, par décret, cette même date. Ce n’est toutefois qu’en 2023, à l’initiative du préfet Vincent Berton, qu’une cérémonie officielle a vu le jour. Depuis, le 9 octobre étant considéré comme un jour férié sur l’île, Richard Lédée se bat pour qu’il soit respecté.
« Il y a une cacophonie autour de cette question, explique-t-il. Quand le jour férié a été institué, par exemple, le port de commerce a été fermé. Puis ça a rouvert, fermé, on ne sait pas sur quel pied on danse. Sur le calendrier du port, cette date est complètement oubliée. Il y a quelque chose qui ne va pas. Dans le code du travail, c’est un jour férié depuis 2016. »
Par conséquent, décidé à faire entendre sa voix, Richard Lédée est allé au bout de ses convictions. Le vendredi 9 octobre, sur une frêle embarcation, il a tenté de perturber l’activité du port de commerce. Mais la gendarmerie est intervenue pour l’obliger à revenir à terre. Une opération de contestation qui lui a valu une convocation à la brigade. Mais nul doute que Richard Lédée continuera de mener son combat pour imposer le respect du 9 octobre comme jour férié.
