Sabine et Michèle discutent à l’ombre de la grande terrasse de l’hôtel de la Collectivité territoriale. Comme une trentaine d’autre personnes de Saint-Barthélemy, les deux femmes ont répondu à l’appel au rassemblement lancé quelques jours plus tôt par Cécile Rubino Tessier, conseillère territoriale chargée des affaires sociales. En ce samedi 4 juillet, l’élue a voulu suivre le mouvement national appelant à marcher pour dénoncer les violences sexuelles et sexistes. « Il est important de se soucier enfin des violences faites aux enfants, aux femmes, à tout le monde », affirme Sabine. Michèle acquiesce et précise : « On dit souvent qu’il ne se passe rien à Saint-Barth. A un moment, il faut participer quand il y a quelque chose et ne pas tout rejeter sur l’éloignement. La violence, ça n’arrive pas qu’aux autres. »
En cette journée, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris et dans 110 cortèges, partout en France. « Nous avons l’occasion de faire notre part dans un mouvement national, donc il serait dommage de se défausser», constate Mathilde. A côté d’elle, Karine ajoute : «Je suis concernée par ce sujet en tant que femme. Plus on en parle, plus on est nombreux, mieux c’est. Donner la parole aux femmes, les reconnaître en tant que proies, que victimes. Il faut parler, dire les choses. »
Solidarité, présence, libérer la parole « pour que les choses changent », les mots reviennent dans les témoignages de Nathalie, Anne, Inès. « C’est un combat important pour toutes les femmes de la planète, rappelle cette dernière. J’ai des proches qui ont été touchés par cela. Ce combat doit être toujours rappelé. »

« Des blessures que l’on ne guérit pas »
Si les femmes sont majoritaires sur le rassemblement, une poignée d’hommes sont également présents. Comme Dominique, qui explique : « Je suis père de famille, j’ai toujours été très sensible à l’atteinte des enfants. J’ai longtemps été sapeur-pompier volontaire et j’ai constaté ces difficultés au sein de certains foyers. Elles existent depuis trop longtemps. Même si on est tous sensibles, il faut qu’il y ait une application de la loi et une évolution des mentalités pour que les choses changent. » Mathys ajoute : « J’ai travaillé dans le milieu de la sécurité et j’ai vu pas mal de cas de violences conjugales. Saint-Barthélemy n’est pas à l’abri de ce genre de sujet. »
Ceinte dans un tee-shirt qui réclame l’instauration d’une loi intégrale destinée à combattre les violences sexuelles et sexistes, Maeva raconte : «J’ai vécu des violences sexuelles dès mon plus jeune âge, par un proche, et à l’âge de vingt ans par un ex petit ami. C’est une cause qui me tient à cœur parce que je veux que l’on protège les femmes et les enfants. Ce sont des blessures que l’on ne peut pas guérir. » Saisie, elle s’interrompt et esquisse un léger sourire, tremblant, comme pour s’excuser de s’être laissé envahir par une émotion pourtant aussi légitime que compréhensible.
Parler pour informer et protéger
« Il y a eu beaucoup plus de monde que ce que je m’imaginais, se félicite Cécile Rubino Tessier. J’espère que la prochaine fois, on arrivera à faire une marche pour que chaque personne de l’île se sente concernée. Parce que les violences peuvent toucher un fils, une fille, un neveu, une nièce, et c’est une cause qui me tient à cœur. » Pour l’épauler, la conseillère territoriale a pu compter sur la présence d’une petite poignée d’élus : Marie-Hélène Bernier, Bettina Cointre et Maxime Desouches du groupe Action-Équilibre et Diana Bourel de Saint-Barth d’Abord.
Depuis son entrée au conseil territorial, en cours de mandat, Cécile Rubino Tessier a fait des problématiques sociales son combat. Loin des discours intelligemment artificiels distillés au pupitre ou en ligne, l’élue a pris à bras le corps les sujets d’importance. Comme celui de la santé mentale ou encore celui du manque de familles d’accueil pour les enfants en danger. «Il faut que les gens qui pourraient offrir un logement approprié à des enfants n’hésitent pas à se déclarer auprès du service social, insiste l’élue. Parce que l’on a besoin de familles d’accueil. Il faut aussi faire de la prévention auprès des enfants. Ils ne savent pas que l’on n’a pas le droit de les toucher. Ça se passe souvent dans les familles, donc il faut arrêter de rendre ce sujet tabou. Il faut en parler. Plus on en parlera, plus on protègera les enfants. Il faut aussi en parler pour que les personnes qui ont été victimes de violences sexuelles puissent se sentir libres de s’exprimer sans être jugées, parce qu’elles ne sont coupables de rien. »
Les marches et rassemblements organisés le 4 juillet sont intervenus un mois après l’annonce de la mort de Lyhanna, une fillette de 11 ans violée et assassinée dans le Gers.
