Saint-Barth -

Toussaint : « On a gardé l’esprit des anciens »


Comme chaque année, les proches des défunts investissent les cimetières de l’île pour embellir les tombes à l’approche de la Toussaint
et de la fête des morts. Une tradition qui permet d’honorer et de chérir les disparus.

Le soleil paraît déjà haut dans le ciel de Lorient. Si le jour s’est levé depuis quelques heures, la matinée n’en est qu’à ses prémices. Sous une chaleur grandissante bien qu’encore empreinte de la fraîcheur de l’aube, Ginette et Uranie s’affairent aux abords des tombes de leurs chers disparus. La tête protégée par un chapeau, la fille et la mère s’assurent que les sépultures seront lumineuses pour la Toussaint, ce dimanche 1er novembre, et le jour des morts, lundi 2 novembre. Une occupation qui n’a rien d’une corvée pour les deux femmes, bien au contraire. « C’est la tradition depuis toujours, affirme Ginette. C’est une manière d’honorer les morts. On leur donne un nouvel habit. On pense à eux. J’ai toujours connu ça. » A ses côtés, ­Uranie acquiesce d’un petit sourire.
Dans chaque cimetière de Saint-Barthélemy, les proches des défunts s’emploient à redonner un coup de frais aux tombes pour le jour J. Mais il ne s’agit pas d’un entretien annuel. Plus loin dans les allées du cimetière de Lorient, Claudie assure : « Il faut venir souvent pour enlever les herbes, le sable, etc. On vient toute l’année. Et puis il y a les anniversaires aussi. C’est aussi important, pour montrer que les personnes ne sont pas abandonnées. » En ce mardi 27 octobre, Claudie nettoie avec soin la tombe de sa maman. « Elle m’a servi de père et de mère, explique Claudie. Donc je continue d’être présente pour elle. Ma mère est des Saintes (Guadeloupe) et elle a vécu 23 ans avec moi. Je me suis occupé d’elle et je continue de faire ce qu’il y a à faire. Les gens ont toujours fait cela. Être présent pour nos proches, même s’ils ne sont plus là. »

Voir la mort différemment 
Ginette et Uranie remballent tranquillement leurs outils pour aller les déposer dans leur voiture. « Chaque île à ses traditions, souligne Ginette. La Toussaint, le jour des morts, c’est important. Mais ce qui fait la particularité de Saint-Barth, c’est la beauté des cimetières. On a gardé l’esprit des anciens. Il y a un apaisement. Cela me fait dire qu’ils (les défunts) y sont biens. Et puis, les touristes aiment aussi voir que c’est beau. Ça donne envie d’y entrer. Grâce à tout cela, on voit peut-être la mort différemment. Il y a sans doute aussi cette espérance catholique que même après la mort, la vie n’est pas finie. »
Un autre aspect de la Toussaint et du jour des morts est évoqué par Ginette. Celui des retrouvailles, du rassemblement. « C’est une occasion de se retrouver en famille mais aussi de voir des gens d’autres quartiers que l’on ne croise pas souvent », sourit-elle.

À Saint-Jean, le rituel du grand nettoyage
À Saint-Jean, le cimetière s’anime doucement. Entre deux tombes, se brossent des souvenirs et s’activent des mains soigneuses. Rencontre avec Cécile, venue comme chaque année bichonner la sépulture familiale, accompagnée de sa fille.
Seau d’eau savonneuse, brosse à poils durs, éponge et huile de coude. En ce mois d’octobre, le cimetière de Saint-Jean troque son silence habituel contre le murmure des conversations et le frottement régulier des balais. Ici, la Toussaint n’est pas seulement une date du calendrier : c’est un rendez-vous incontournable avec la mémoire.
Penchée sur la tombe de ses aïeux, Cécile s’affaire avec minutie, sous le regard de sa fille. « Venir nettoyer la tombe avant la Toussaint, ce n’est pas une corvée, c’est une évidence, confie-t-elle en redressant un instant son seau. C’est une façon de prendre soin d’eux, de leur dire qu’on ne les oublie pas. C’est notre manière à nous de faire honneur à ceux qui ont bâti notre famille. »

Un devoir de mémoire
Au fil des gestes répétés, le temps semble suspendu. Profiter des vacances scolaires de la Toussaint pour venir en famille s’est imposé naturellement. Pour Cécile, ce rituel annuel est l’occasion parfaite de passer le flambeau à la jeune génération. « Quand on vient ici pendant les vacances, c’est l’occasion de partager cela ensemble, explique-t-elle. On vient honorer nos défunts, se souvenir de ceux qui nous manquent, mais on ne le fait pas dans la tristesse. En nettoyant la tombe pour y allumer les bougies et déposer des fleurs, c’est une manière de leur dire qu’ils sont toujours avec nous et d’apporter de la lumière sur leur mémoire. »
Alors que les pots de fleurs commencent à colorer les allées, le cimetière de Saint-Jean s’apprête à vivre sa traditionnelle période de recueillement. Une habitude, elle, bien vivante, portée par l’amour et le soin que les familles continuent de prodiguer au fil des générations.

Journal de Saint-Barth N°1685 du 29/10/2026

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