Sur le site Facebook “Les Nounous de Saint-Barth”, les messages de parents à la recherche d’une assistante maternelle sont plus nombreux que les offres de garde. « Bonjour, je suis toujours désespérément à la recherche cela fait maintenant un an », s’épuise Elodie. La maman de deux enfants a été contrainte de prendre un congé parental pour garder sa fille âgée maintenant de onze mois. «C’est un vrai problème sur l’île, au même rang que trouver un logement », s’agace la trentenaire. Et ce n’est pas la première fois qu’elle y est confrontée. Il y a 10 ans, elle avait déjà eu de grandes difficultés à faire garder son fils avant son entrée à l’école. «Mon fils a dû faire une dizaine de nounous. Il y en a une qui le prenait une semaine, puis une autre trois jours, jusqu’à ce que j’en trouve une qui me le garde à l’année », se rappelle Elodie. Pour sa fille, elle s’y est prise dès le début de sa grossesse. Mais dès qu’elle contactait une assistante maternelle, c’était la même réponse : sa fille était trop petite ou les places étaient déjà prises. «On me disait de rappeler en 2027 ! A ce rythme-là, on ne reprend jamais le boulot », souffle la maman.
Pressions financières
Consciente des difficultés pour trouver une nounou, Agathe* a pris les devants : «Avant même de prévenir mes proches, j’ai démarché les assistantes maternelles. » Ce n’était pas assez tôt. «On m’a dit au téléphone que je devrais les contacter dès qu’on commence à penser au projet bébé, raconte-t-elle avec un rire jaune. Mais tu ne sais pas combien de temps ça va te prendre de tomber enceinte ! » Agathe se retrouve sans solution de garde pour son fils pour sa première année. Il faudra attendre l’année suivante en septembre 2027 (la plupart des assistantes maternelles prennent de nouveaux enfants en septembre quand les autres commencent l’école). « C’est très compliqué puisque les mamans font la petite sœur ou le petit frère et gardent donc des places pour des années, précise Agathe. Il y a aussi les assistantes maternelles qui ne prennent pas de bébés, celles qui ont des horaires aménagés, donc ça limite les possibilités. » Agathe refuse de se tourner vers des baby-sitter non agréées et ne veut pas imposer à la famille la garde de son fils : « On n’a pas fait un enfant pour le faire garder par ses grands-parents, on veut que ça reste un plaisir de le voir. » A court d’options, la jeune femme décide de quitter son travail pour élever son fils. « J’ai eu la chance d’avoir une rupture conventionnelle ce qui me permet de toucher le chômage parce que l’allocation parentale de 400 euros par mois, tu ne fais pas grand-chose avec cette somme à Saint-Barth », glisse-t-elle.
Pour celles et ceux qui n’ont pas cette possibilité, la recherche de garde pour son enfant peut se transformer en cauchemar. Partie en France pour une formation, Mélanie* « s’éteint à petit feu » puisqu’elle ne trouve pas de solution pour garder son fils, et donc, planifier son retour à Saint-Barth à l’automne. «Totalement dépourvue », elle comptait se tourner vers des nounous sans agrément qui gardent les enfants au domicile des parents. « Je n’avais pas réalisé le prix sans les aides, qui monte à 1500 euros par mois, s’insurge-t-elle. Avec les 2500 euros de loyer, ce n’est pas vivable. » Une pression financière qui impacte son couple, et sa santé mentale. « Psychologiquement je suis épuisée, j’ai l’impression d’être face à un mur, se désole Mélanie. Je n’attends qu’une chose, pouvoir retourner sur mon île. »
Pénurie d’assistante maternelle
Les difficultés pour faire garder ses enfants à Saint-Barth ne sont pas nouvelles, ni même spécifiques à l’île. En 2023, le Docteur Pauline Codrons partageait déjà dans nos colonnes (JSB 1535) les difficultés de la PMI (Protection maternelle infantile) à recruter des assistantes maternelles : « Il faudrait que nous disposions de quarante professionnelles. C’est notre objectif, pour avoir un équilibre entre l’offre et la demande. » Il y a trois ans, on comptait sur l’île trente-quatre professionnelles actives. Aujourd’hui, elles sont trente en activité pour trente-cinq agréées. Le besoin est toujours d’actualité d’autant plus que l’année 2025 a été forte en natalité avec 107 naissances (85 en 2024 et 78 en 2023). Sur l’île, de nombreuses assistantes maternelles approchent de l’âge de la retraite. « Pour certaines, les contraintes physiques du métier deviennent plus importantes, ajoute Catherine Ribeiro Ramos, assistante maternelle à domicile depuis trente ans. Accueillir un bébé demande de nombreux ports de charge tout au long de la journée. Ces gestes, répétés quotidiennement, sollicitent fortement le dos, les épaules, les genoux et les poignets. » C’est une des raisons pour laquelle certaines assistantes maternelles prennent des enfants à partir du moment où ils peuvent marcher. « Cette décision n’est pas un manque de volonté, mais une adaptation à leurs capacités physiques afin de continuer à exercer leur métier dans de bonnes conditions », appuie Catherine Ribeiro Ramos. D’autant plus que les assistantes maternelles ont pu bénéficier de leur première consultation de médecine du travail seulement en 2025. Un dispositif accessible en visio à Saint-Barth qui s’est très vite heurté à des couacs en raison du statut particulier de la Collectivité. « On travaille sur le sujet pour que les droits des assistantes maternelles soient respectés », assure le Dr Pauline Codrons.
Deux MAM en construction
L’autre point bloquant pour le recrutement d’assistantes maternelles reste le logement. Il faut que le propriétaire soit d’accord, que l’espace soit aux normes pour les enfants et que l’entourage soit en phase avec cette activité. Diplômée d’un CAP Accompagnement éducatif à la petite enfance, Laura* s’était renseignée pour devenir assistante maternelle. Mais cette activité ne collait pas avec celle de son mari qui rentre le matin de la pêche. Elle s’est alors tournée vers le baby-sitting pour les touristes et les locaux. Les Maisons d’Assistantes Maternelles (MAM) sont une solution pour celles et ceux qui ne peuvent pas exercer à leur domicile. Les deux MAM à Lorient permettent à huit assistantes maternelles d’accueillir plus de 32 enfants. Si la Collectivité met à disposition les bâtiments, c’est aux assistantes maternelles de monter leur projet sous forme d’associations (avec l’aide de la PMI). «C’était un peu compliqué au niveau administratif pour monter l’association », concède Camille Hercule, assistante maternelle à Hakuna Mam’tata. Les débuts peuvent aussi être compliqués financièrement puisque les nounous commencent en gardant deux enfants. « C’était très difficile au début, on se demandait comment on allait tenir », confie Camille. D’autant plus que les dépenses de l’association (loyer, charges, assurances, matériel) restent les mêmes. Une fois les autres agréments obtenus, les assistantes maternelles ont pu augmenter leur quota et garder quatre enfants. Deux bâtiments de la Collectivité destinées à accueillir des MAM sont en construction : une à Anse des Cayes et une à Grand-Cul-de-Sac. Elles ne sont pas attendues avant 2028 pour Grand Cul-de-Sac et 2030 pour Anse des Cayes estime le Dr Pauline Codrons.
Une nouvelle formation devrait avoir lieu dans les mois à venir avec une promotion de cinq nouvelles assistantes maternelles. Une réunion d'information pour découvrir le métier d'assistant(e) maternel(le), les conditions d'accès à la profession et les démarches à suivre est d’ailleurs prévue le 30 juillet à 17h30 au centre Médico-Social. Toutes celles et ceux qui sont intéressés par ce métier difficile, mais passionnant sont invités.
* les prénoms ont été modifiés
