Saint-Barth -

Ernest Brin, directeur du port de Saint-Barthélemy.

Directeur du port, Ernest Brin largue les amarres

De son propre aveu, Ernest Brin n’imaginait pas « faire carrière » au port. Quand il intègre le service comme surveillant, en 1989, il n’a « aucun plan en tête ». Surtout pas celui d’endosser le costume de directeur, vingt ans plus tard, en 2009. Mais l’homme s’est laissé guider par son goût pour le service et le contact. Jusqu’à ne pas voir le temps s’écouler. Alors, au moment d’annoncer son départ en retraite, l’émotion ne peut que le saisir. Le samedi 11 avril, en un lieu symbolique et chargé d’une histoire qui est aussi la sienne, en l’occurrence la salle La Capricieuse de la capitainerie, Ernest Brin a déclaré : « Il est des moments où les mots pèsent plus lourd que d’ordinaire. Celui-ci en fait partie. Ce n’est pas seulement une fonction que je quitterai fin juin, c’est une partie de moi que je confie à l’avenir. »
Pour saluer le départ de celui qui a présidé à la destinée du port de Saint-Barthélemy pendant de si longues années, quelques officiels (pas le président de la Collectivité Xavier Lédée, en déplacement à Aruba), des partenaires, des professionnels du monde portuaire et maritime, des proches. « Quand j’ai commencé ici, j’avais simplement l’envie de servir, insiste Ernest Brin. Servir un port, mais surtout servir une île, une population, une économie, une identité maritime unique au monde. » Une idée qui n’a sans doute jamais traversé l’esprit du petit garçon né dans le quartier de Public, quelques décennies plus tôt.

Des débuts dans l’hôtellerie
Pourtant, Ernest Brin grandit à bonne école, avec un père dans la marine. Quant à sa mère, elle travaille dans l’entreprise de confection de tissus pour le tourisme de Jean-Yves Froment. Il va à l’école à Sainte-Marie, à Colombier. « On y allait à pied, se souvient-il. On passait par le sentier de Grand Savane. » Arrivé en classe de troisième, l’adolescent qu’il est alors ne sait pas trop sur quelle voie s’engager. « Mais j’étais bon en anglais et j’aimais le contact, explique-t-il. Je suis partie en hôtellerie et en restauration à Baimbridge, aux Abymes. » Plutôt à l’aise, il poursuit l’aventure et s’envole pour un lycée hôtelier à Dinard, en Bretagne. Puis vient le retour à Saint-Barthélemy.
« J’ai intégré le Manapany, qui allait ouvrir, se rappelle Ernest Brin. Pendant deux mois, j’ai fait les jardins en attendant que le mobilier arrive. » Pour ses premiers pas dans le monde du travail, il exerce un métier qu’il a appris. « J’avais envie de servir, assure-t-il. Mais j’ai aussi eu la responsabilité de la restauration, de la gestion des stocks, etc. Je travaillais sept jours sur sept pendant minimum cinq mois, avec le sourire. J’ai connu des grands de ce monde dans cet établissement. Versace, la famille Boeing, des politiciens, des artistes (Il cherche et cite Mike Jagger et Jerry Hall)… On faisait tout ça par plaisir. » Il se souvient de la création d’un concours de maître d’hôtel. « Jen ai gagné deux, trois », s’amuse-t-il.


« J’ai appris sur le tas »
En 1989, le maire Daniel Blanchard recrute pour la capitainerie. La Transat arrive, des bras supplémentaires sont nécessaires. « A l’époque, je pensais partir en Italie mais ça ne s’est pas fait, raconte Ernest Brin. Donc je suis allé au port. » Il entre comme simple surveillant. « J’ai appris sur le tas, assure-t-il. L’équipe s’est agrandie, je suis devenu agent de la sûreté portuaire. » En 2009, le directeur Bruno Gréaux tire sa révérence. Un autre Bruno, Magras, président de la jeune Collectivité territoriale, lui propose la direction. Il est loin, désormais, le temps où, adolescent, Ernest Brin faisait de la planche dans le port.
« Cela a été un honneur pour moi, affirme-t-il. Travailler avec le président Bruno Magras, avec Michel Magras aussi. On a vu l’explosion de ce port arriver, avec de plus en plus de bateaux. » Lors de son discours, le 11 avril Ernest Brin ajoute : « Diriger le port de Gustavia a toujours été pour moi, bien plus qu’une mission administrative. Cela a été un engagement au service du territoire, de son développement économique, de son attractivité internationale et de la préservation de ses équilibres environnementaux et sociaux. »
De ses années en fonction, il tire une «grande satisfaction» de tout ce qui a été accompli. « De tout ce qui m’a été confié, je ne pense pas que quelque chose a foiré, estime-t-il. Tout ce que j’ai proposé a été mis en place et fonctionne. Mais il y a encore plein de choses à faire. Des idées, j’en ai encore beaucoup ! » Des souvenirs, aussi.
Comme quand, trois semaines après sa prise de poste en 2009, il doit prendre la décision de vider le port un 27 décembre en raison d’une forte houle en approche. Il songe à l’ouragan Gonzalo, en 2014, qui entraîne 43 bateaux par le fond. Irma en 2017, bien entendu. Mais aussi à la soirée du 4 février 2023 quand un cargo porte-conteneurs de la CMA CGM, le Mimer, vient s’échouer à quelques mètres du port de commerce. « Je n’étais pas facile à vivre pendant les grosses périodes de l’année, mais j’étais inquiet en permanence, souffle-t-il. On me reproche mon caractère, mais je suis persuadé que c’est grâce à ça que j’ai pu tenir le port. Entre les baroudeurs de la mer et les milliardaires, il ne faut pas faire de différence et s’assurer que les choses sont faites dans les règles. »
Lorsqu’il quittera ses fonctions, Ernest Brin sait déjà ce qu’il fera de son temps. « Des vacances en famille, déjà, sourit-il. Et puis j’ai plein de projets. » Comme celui de poursuivre son action pour la santé sur l’île en tant que président du Fémur. Quant à l'identité de son successeur, elle n'est pas encore connue. La Collectivité a publié un appel à candidature pour une attribution du poste le... 1er avril.

 

Journal de Saint-Barth N°1661 du 16/04/2026

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Départ du directeur du port