Saint-Barth -

Béton de sargasses, une nouvelle initiative pour valoriser les algues invasives

Comment valoriser les sargasses ? Depuis la prolifération de ces algues dans l’Atlantique, cette question hante de nombreux territoires. Une solution aurait-elle été trouvée à Saint-Barth ? C’est en tout cas ce qu’espère un enfant de l’île, Nicolas Vernoux-Thélot. L’architecte est le porteur de projet d’un nouveau procédé qui utilise les sargasses dans du béton à des fins de voirie. Une phase expérimentale du projet dont le brevet a été déposé par In Situ Lab, a même été réalisée à Saint-Barthélemy le 17 juillet sur un terrain de la Collectivité à Saint-Jean. Sensible à l’écologie et à la biodiversité, le fondateur du cabinet d’architecture In Situ s’est très vite inquiété de l’invasion des sargasses sur les côtes. Depuis des années, il travaille sur les valorisations de ces algues en matériau de construction : briques, isolant et maintenant, béton. « Il se trouve que dans les pays scandinaves, les algues sont utilisées comme isolant pour les maisons, appuie Nicolas Vernoux-Thélot. On a essayé de travailler les sargasses comme isolant mais on s’est heurté à plusieurs problèmes. Malheureusement, on n’arrivait pas à encapsuler les métaux lourds dans des conditions extrêmes. »

« Une résistance mécanique supérieure »
Engagé dans la recherche, l’architecte diplômé par le gouvernement se lance sur une autre idée : faire du béton d’algues. La proportion de sargasses est plus réduite, moins de 10%, ce qui permet « d’atteindre tous les objectifs sanitaires », notamment l’encapsulage de métaux lourds. Grâce à la collaboration de l’École normale supérieure Paris-Saclay (ENS Paris-Saclay), une formulation est consolidée pour assurer la pérennité de béton d’algues qui est composé d’un mélange de sargasses avec du ciment, du sable, du granulat et des ingrédients naturels. Les algues utilisées sont « issues du site de stockage de Saint-Jean ». Des tests à l’écrasement ont été menés en juin 2026 par l’ENS Paris-Saclay pour vérifier « la durabilité, la consistance et la pérennité » de ce béton fibré. « Ce béton de sargasses présente une résistance mécanique supérieure à un béton courant, assure Nicolas Vernoux-Thélot. L’ajout de sargasses a une valeur ajoutée d’un point de vue mécanique et d’un point de vue économique, puisque ça nous permettrait d’utiliser moins de béton. » 

Une expérimentation en conditions réelles
Un test en condition réelle a été réalisé à Saint-Jean le 17 juillet, sur le terrain de la Collectivité où sont stockées les sargasses. Deux types de béton ont été coulés côte à côte : celui utilisé habituellement pour la voirie, et le béton sargasses. « ça va nous permettre de comparer leur état de vieillissement avec les camions qui roulent dessus », précise l’architecte. Des échantillons vont également être prélevés à différents intervalles pour tester la résistance du procédé. « Ce sont des tests qu’on a déjà réalisés en labo mais cette fois-ci on est à température réelle avec les différents aléas qu’on peut avoir comme le taux d’humidité, l’ensoleillement, le vent », ajoute Nicolas Vernoux-Thélot. Si les tests réalisés pendant un an sont satisfaisants, le béton de sargasses pourrait être intégré pour les travaux de voirie sur l’île. Les sargasses qui s’échouent à Saint-Barth pourront donc être valorisées. L’architecte a refusé de donner plus de précisions sur le procédé, notamment sur la consommation d’eau, mais il assure que c’est « un procédé extrêmement low-tech avec des moyens simples, qui s’adapte à chaine de ramassage et la capacité d’entreposage » disponible sur l’île. 

 

 

Journal de Saint-Barth N°1675 du 23/07/2026

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