Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a ordonné la liquidation judiciaire de la compagnie Air Antilles. Le jugement a été rendu ce lundi 27 avril. Il motive le rejet des offres de reprises formulées depuis le placement en redressement judiciaire, le 2 février.
« Au cours de la période d'observation, l'administrateur a conclu à l'impossibilité de présenter un plan de redressement par voie de continuation, compte tenu de l'importance du passif évalué à plus de 56 millions d'euros et au regard des pertes d'exploitation persistantes », est-il expliqué dans l’ordonnance de jugement rendu ce lundi.
Trois offres de cession avaient été retenues. La première émanait d’un consortium d'investisseurs porté par la société Pewen pour un prix de cession de 200.874 euros. Son plan prévoyait une reprise immédiate de 13 salariés sur un effectif total de 116, tout en annonçant une croissance future pouvant aller jusqu'à 120 salariés en 2028.
La deuxième a été formulée par Karaibes Eco Rayonnance Consulting LDT, une holding enregistrée à Londres, dont le capital est détenu par des intérêts extra-européens. « L'offre est imprécise sur le périmètre des actifs mais indique vouloir reprendre l'activité globale », est-il précisé dans le jugement du 27 avril. L’offre proposait la reprise de 104 salariés sur 116. « Cependant, aucun détail n'est fourni sur le maintien des acquis sociaux ou l'organisation du travail », remarquent les magistrats. Le prix de cession proposé était de trois millions d’euros. Le repreneur potentiel avait également fait mention d'un prêt de 90 millions d’euros consenti par un fonds turc (BIOKIMYAS BILISIM), « sans toutefois produire de garantie bancaire à première demande ou de preuve de la disponibilité immédiate et transférable des fonds en zone Euro », est-il précisé dans le jugement.
La troisième offre, partielle, provenait de la SARL Aerostravia Rent. Il s’agit d’une société à responsabilité limitée au capital de 100.000 euros, immatriculée au registre du commerce de Melun, spécialisée dans la gestion d'actifs aéronautiques et adossée à un groupe de maintenance et de formation. « L'offre est strictement partielle et porte sur la reprise d'un contrat de crédit-bail relatif à un aéronef de type DHC6-400 Twin Otter, ainsi que sur l'intégralité du stock de pièces détachées et outillages spécifiques à ce type d'appareil », soulignent les magistrats. De plus, l’offre ne mentionnait aucun engagement de reprise de personnels de la SAEM Air Antilles.
Il est précisé dans l’ordonance de jugement rendue ce lundi 27 avril que, par courriel adressé le 23 avril 2026, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a indiqué ne pas considérer l’offre portée par le candidat Karaibes Eco Rayonnance Consulting LDT comme dénuée de crédibilité. En ce qui concerne l’offre présentée par la société Pewen, la DGAC considère que le schéma de reprise proposé est « confus » et présente « une faisabilité peu réaliste », au regard notamment de la concurrence, du recours à Air Calédonie dans le cadre d’une ACMI (« Aircraft, Crew, Maintenance, and Insurance », soit Aéronef, Équipage, Maintenance et Assurance), alors que cette dernière se trouve en procédure de redressement judiciaire, de l’entretien important dont la flotte doit faire l’objet et des positions non engageantes des compagnies Air France et Air Calédonie.
L’offre de Karaibes Eco Rayonnance Consulting LDT n’a pas eu à être écartée puisque le tribunal a été informé du désistement du candidat. S'agissant de l'offre de la société Aerostravia Rent, le tribunal relève qu'elle ne porte que sur des actifs isolés, en l’occurrence un contrat recouvrant un aéronef et des stocks techniques. Les magistrats ont estimé que cette offre, ne prévoyant aucun maintien d'emploi, est « totalement dépourvue de volet social » et ne répond à aucun des objectifs légaux de la cession d'entreprise. Elle a donc été rejetée.
Enfin, l’offre du consortium Pewen. « Si elle présente un projet industriel structuré, force est de constater qu’elle se heurte à des obstacles financiers et légaux insurmontables », est-il précisé dans le jugement. La reprise de seulement 13 salariés sur 116 n’a évidemment pas aidé à convaincre les magistrats du tribunal mixte de commerce. L’absence de garantie quant à la reprise de nombreux employés à mesure que l’activité de la nouvelle compagnie se renforcera non plus. De plus, le jugement mentionne le fait que « le candidat ne prend pas suffisamment la mesure des difficultés posées par la procédure ainsi que par les conditions à remplir pour l’obtention des autorisations et licences administratives nécessaires à l’exploitation de l’activité ».
Par conséquent, les offres de reprises ont été rejetée et la compagnie Air Antilles placée en liquidation judiciaire. La SCP BR Associés a été désignée comme mandataire judiciaire en qualité de liquidateur. Le liquidateur procédera aux opérations en même temps qu'il achèvera, éventuellement, la vérification des créances et qu'il établira l'ordre des créanciers.
La Collectivité territoriale de Saint-Martin, actionnaire majoritaire, a investi plus de 16 millions d’euros dans la compagnie depuis sa reprise partielle, fin septembre 2023.
