Samedi soir, stade de Saint-Jean, match retour de championnat, Barracudas – Bruc. Après une première mi-temps ratée et 10 points de retard à l’issue du 1er acte (3 – 13, via 2 essais de l’abymien Rudy Sobrino), les Saint-Barths relèvent la tête et proposent une bien meilleure partition de rugby en 2ème mi-temps qui les amènent à revenir à seulement deux points des vice-champions en titre de Guadeloupe (17 - 19). Oubliés les cartons rouges récoltés en première mi-temps par Marc Barrère pour les locaux ou Vivian Tufi pour les visiteurs, la rencontre est engagée et minute après minute, les forces s’équilibrent, l’écart au tableau d’affichage se réduit, le tout, en restant dans l’esprit « rugby ».
Mais à la 70ème minute, la rencontre bascule, les Barras, qui font le siège du camp Bruciste, voient un ballon leur glisser des mains. S’ensuit un échange rugueux pour récupérer la sphère. Usés par l’effort, les esprits des deux camps s’échauffent. Les paroles fusent et plusieurs joueurs des deux équipes commencent à s’attraper par le col de leurs maillots... L’ambiance devient électrique et l’échauffourée commencent à s’étaler près de la zone technique des coachs Barracudas, Fabien Maurel et Paul Bessières. Les 28 acteurs sur le terrain semblent concernés par ce qui pourrait devenir, à la moindre étincelle, une bagarre générale. Au point que le banc de touche Saint-Barth, situé à quelques mètres de l’échange musclé d’amabilités et de menaces, décide de s’en mêler. Pris à parti par leurs adversaires, le ton monte d’un cran, les empoignades et les échanges aussi. Las, dans les règles du rugby, les remplaçants sur le banc de touche ne peuvent pas pénétrer sur la pelouse et il en est forcément de même pour le public... Un spectateur voulant aider les siens quitte les tribunes et traverse la piste d’athlétisme qui borde le terrain de Saint-Jean, pour se mêler à l’embrouille en cours, sans pour autant que cela parte en bagarre générale. Les limites du terrain ne sont plus tenues, dès lors, pour éviter tout accident extérieur à la rencontre et pour se garder de recevoir des réclamations post matchs et ne sachant pas comment cela pourrait se finir, l’arbitre central décide d’appliquer le règlement et siffle la fin de la rencontre alors qu’il restait 10 minutes à jouer. Pourtant la dynamique de jeu était pour les locaux, presque revenus au score grâce à 2 essais d’Alex Ros et au jeu au pied payant de Romain Descoustey. Raison invoquée à l’arrêt de la rencontre à 10 minutes de son terme : « envahissement du terrain ».
Tous coupables, tous innocents
« Envahissement du terrain » C’est le terme retenu sur le rapport de l’arbitre. S’il peut paraître exagéré vu la situation, dans les faits, il s’avère vrai. Mis à mal durant le second acte, certains joueurs du Bruc ont-ils volontairement fait dans la provocation pour faire sortir de leurs gonds leurs adversaires ? Les remplaçants Barracudas ont-ils surréagi à la vue du semblant de bagarre qui débutait sur la pelouse ? Dans pareille situation, peut-on perdre la raison au point de descendre des tribunes et venir invectiver les visiteurs au bord du terrain, alors qu’on y a, de facto, pas accès ? L’arbitre avait-il vraiment besoin d’arrêter totalement le match avant son terme pour voir tous les acteurs de la rencontre reprendre leurs esprits ? Il y a certainement un peu de tout cela…Mais ces erreurs comme ces excès, c’est le public et les amoureux de ce sport qui sont finalement les premiers à les payer et se retrouvent les plus déçus. De cette bagarre découle un carton rouge, donné à Marc Malassagne du Bruc, mais ce n’est pas tout : le match arrêté, le score reste suspendu à 19 - 17 en faveur des visiteurs et la commission discipline de la ligue de Guadeloupe va devoir statuer d’ici à la fin de la semaine sur les sanctions à l’encontre du club Saint Barth et/ou son équipe senior homme. Un imbroglio en forme de coup dur dont n’avait pas besoin les ciels et blancs actuellement, comme le rappelle Romain Viriato, l’arrière Barras : « On a beaucoup cravaché pour revenir dans cette partie, on était sur un temps fort et ce fait de jeu, si je puis dire, à tout gâcher. Un coup de sifflet et tout s’est arrêté, donc on est frustrés parce qu’on avait pris l’ascendant sur eux en 2ème période, où on avait mis notre jeu en place et ils ont commencé à perdre, on l’a vu et eux aussi je pense. Il fallait gagner pour espérer recevoir en demi-finale, on y était presque et en plus c’était mon dernier match à Saint-Jean, donc oui, je suis déçu. » L’entraîneur du Bruc, Baptiste Magniont, lui aussi, déplore une fin de match tronquée et un spectacle avorté où le règlement et les humeurs de certains ont pris le pas sur le sportif « Justifié ou non, un coup de sifflet final anticipé fait mal à tout le monde. Pour le public présent, ce règlement peut paraitre cher payé. Après l’arbitre a pris ses responsabilités, il l’avait déjà fait pour les 2 cartons rouges de la 1ère période consécutifs à un accrochage d’homme à homme. Hormis ça, le match était resté dans un bon esprit rugby. »
Quid des amendes et des sanctions à venir ? Retrait de points, matchs à huis clos, dispense de compétition, pénalités financières…les suites de ce match inachevé peuvent être multiples. En attendant le verdict de la ligue, les barracudas doivent vite passer à autre chose et ce, dès ce samedi. Ils se déplaceront à Saint-Martin pour défier, à 15h30 les Archiball dans leur antre de Bellevue, pour la confrontation retour du fameux derby des îles du Nord. Un rendez-vous immanquable pour les joueurs du capitaine Gautier Periguet : « Cela faisait plus de 2 mois qu’on n’avait pas joué ensemble, ça s’est vu à l’entame de match, on n’étaient pas dedans. Mais par la suite, on a montré que dans la tête on y était, qu’on avait envie de gagner et que l’équipe avait du répondant. C’est ce visage là qu’on veut montrer samedi prochain, en étant conquérant et en nous battant pour la victoire. » Et dit comme ça, à coup sûr, le rugby et rien que le rugby, reprendra ses droits.
