Dans quelques jours, la Patrouille de France participera aux Etats-Unis à la mission «Liberté 250 ». Du 3 juin au 9 juillet, en sa qualité d’ambassadeur de l’armée de l’air et de l’espace, la patrouille acrobatique fera partie d’un vaste déploiement aérien organisé dans le cadre des commémorations du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance étasunienne. Les pilotes de de la PAF effectueront plusieurs démonstrations aux commandes de leurs chasseurs, comme des survols de sites historiques tels que la statue de la liberté à New York ou l’Independance Hall de Philadelphie. Ce, après avoir peaufiné leur programme avec des techniciens spécialisés de l’armée française. Parmi ces derniers, une jeune femme originaire de Saint-Barthélemy : le caporal-chef Manon Lopez.
« Très fière »
Âgée de 28 ans, Manon s’est engagée dans l’armée en 2019. Devenue spécialiste de la planification et de la conduite des opérations aériennes, elle a intégré les rangs de la Patrouille de France il y a dix mois. Une affectation quelque peu éloignée de ses aspirations initiales, puisque Manon ne cache pas son affection pour « l’opérationnel ». L’action, en somme, qu’elle espérait trouver auprès des Rafales de la 5e escadre de chasse de la base aérienne 115 d’Orange. « Mais aujourd’hui, je suis très fière », confie l’enfant de Saint-Barth au JSB.
Lorsqu’elle répond au téléphone, c’est d’une voix directe et enjouée. « Je sors d’une longue réunion », lance-t-elle. L’une de celles qui ont permis de préparer avec soin la mission «Liberté 250». La conversation est de courte durée car son chef arrive pour « débriefer ». Quelques heures plus tard, le téléphone sonne à nouveau.
L’envol pour l’Hexagone
« J’ai passé toute mon enfance à Saint-Barthélemy, jusqu’en seconde, résume Manon. Ensuite j’ai fait le choix d’aller au lycée à Saint-Martin. » Son baccalauréat en poche, elle s’envole pour l’Hexagone. Avec une idée en tête : devenir hôtesse de l’air… au sein de l’armée. « Mais ça n’a pas abouti parce que je me suis aperçue que je ne voulais plus faire ça », affirme-t-elle. Elle décide alors de passer sa CCA (Cabin crew attestation) à l’Esma, l’académie d’aviation basée à l’aéroport de Montpellier. Une structure qui a récemment fait faillite. Bien avant, Manon Lopez a obtenu le diplôme délivré par la Direction générale de l’aviation civile. Un papier qui ne lui servira guère car, peu de temps après, elle franchit le pas et s’engage dans l’armée de l’air. On est alors en 2019.
Une formation militaire « pure et dure »
« J’ai passé les tests de recrutement à Bordeaux, raconte-t-elle. Après, j’ai été convoquée à Salon-de-Provence (où se situe la base aérienne 701 « Général Pineau », ndlr) pour les classes. Elles ont duré deux mois et demi. » Une formation militaire «pure et dure», se souvient Manon. Entraînement physique, maniement des armes, etc. Lorsqu’elle en termine, elle s’envole pour Mont-de-Marsan et la base 118 « Colonel Rozanoff ».
Pendant un mois, elle suit une formation pour acquérir une spécialisation de technicienne en planification et conduite des opérations aériennes. « J’ai appris à poser des plans de vol et tout ce qui sert à assurer la sécurité des avions », résume-t-elle. Un apprentissage qui se poursuit lorsqu’elle intègre sa première unité : le Centre de formation aéronautique militaire initiale (CFAMI) à Salon-de-Provence.
« C’est là que l’on forme les pilotes de chasse et les navigateurs officiers systèmes d’armes, les Nosa, précise Manon. Vous avez vu Top Gun ? Bon, et bien dans l’avion il y a le pilote et l’autre, c’est le Nosa. C’est lui qui maîtrise les ordinateurs de bord, les radars, le guidage de l’armement, etc. »

En mission au Niger
Pendant six ans, elle côtoie des instructeurs, des «anciens» de l’opérationnel. En 2020 et 2021, elle s’embarque pour une mission de deux mois au Niger. « En territoire hostile », souligne-t-elle. Une découverte qui séduit la jeune femme au caractère bien trempé. De fait, elle affirme sans une once d’hésitation : «Après la Patrouille de France, j’aimerais retrouver l’opérationnel. » Loin des paisibles plages et autres mornes arides de son île de Saint-Barthélemy, où elle rejoint sa famille tous les ans.
Du paréo aux treillis
« Ça n’a pas été facile quand je suis partie en France, se souvient Manon. Je n’avais aucune attache, c’était dur. Surtout de passer des tongs et du paréo aux treillis ! Mon île me manque toujours. Pour sa mentalité, sa simplicité. J’y ai laissé ma famille, mes amis, mon confort. Mais je suis très heureuse de la vie que j’ai à l’heure actuelle ! »
Au sein de la Patrouille de France, comme depuis son entrée dans l’armée, Manon Lopez suit le fil des traditions. Ainsi, ce n’est que très récemment, après dix mois, qu’elle a obtenu sa combinaison bleue. « Je dois encore attendre pour avoir ma pucelle (nom donné à l’insigne de l’unité d’appartenance), glisse-t-elle. Ce sera sûrement en octobre. » En attendant, avec toute la rigueur militaire qui s’impose à elle, Manon va continuer de tracer sa route et celle des pilotes de chasse de la Patrouille de France. En ayant toujours en tête une pensée pour son île de Saint-Barthélemy.
