Dans la salle des délibérations de l’hôtel de la Collectivité territoriale, un bâillement sonore se fait entendre. Pourtant, si le traditionnel enchaînement des discours officiels du 24 août peut sembler long après la messe matinale puis la cérémonie devant le monument aux morts, le contenu des allocutions a, en plusieurs occasions, éveillé l’attention des personnes présentes. Notamment en laissant entrevoir le lancement des campagnes électorales. A la fois pour les sénatoriales du 27 septembre et pour les territoriales de mars 2027.
Comme à l’habitude depuis plus d’un an, le président de la Collectivité et son équipe de communication ont mis les petits plats dans les grands à l’occasion de la cérémonie. « Moins que pour le 14 juillet », s’amuse un membre de l’auditoire. Diffusées en ligne, les différentes étapes de la fête patronale de la Saint-Barthélemy ont permis de suivre l’événement en direct. Comme les discours officiels et, plus tard, les spectacles donnés sur les quais et le feu d’artifice.
Mesure pour les jeunes ?
Lorsqu’il prend la parole, le président Xavier Lédée précise qu’il a voulu son dernier discours du 24 août de la mandature « moins énumératif et plus prospectif ». Il rappelle ainsi la « philosophie libérale » qui guide son action, rend hommage aux agents de la Collectivité et évoque l’identité de l’île. L’un des thèmes de prédilection, avec celui de l’authenticité, de la Collectivité depuis quelques mois. Xavier Lédée insiste sur le fait qu’il est nécessaire d’agir avec « lucidité, cohérence et pragmatisme » sur le dossier de la centrale EDF, « un sujet qui est sur la table depuis plus de quinze ans ». Le président se penche sur le thème de la santé et particulièrement celui de la reconstruction de l’hôpital, sur celui de la délocalisation du groupe scolaire de Gustavia à Saint-Jean également. Puis il formule le souhait d’inscrire au prochain budget une ligne d’accompagnement à la création d’activités professionnelles pour les jeunes. Une annonce qui n’est pas sans rappeler celle prononcée lors de son discours du 24 août 2024, quand il souhaitait « proposer aux élus d’abonder au budget une ligne afin de faciliter le lancement d’activité de nos jeunes entrepreneurs par le biais d’un prêt à taux zéro ». Une mesure qui n’a jamais vu le jour.
Projection vers l’avenir
S’il ne l’a pas voulu « énumératif », le discours de Xavier Lédée est toutefois constitué de nombreuses références à des projets en cours. Comme celui de diffusé prochainement le « livre blanc » qui synthétisera le contenu des différentes rencontres territoriales. En se projetant ainsi vers l’avenir, la président semble vouloir affirmer son intention de poursuivre son action à la tête de la Collectivité territoriale. Donc, de briguer un second mandat. Néanmoins, il n’a pas exprimé formellement cette volonté. Pour le moment.
Le vote « dicté » de Frantz Gumbs
De son côté, le député de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, Frantz Gumbs, a commencé par déclarer qu’il ne se sera pas candidat aux élections sénatoriales de Saint-Martin. Et le parlementaire d’ajouter que son choix de vote à Saint-Barthélemy sera « dicté » par celui de son « interlocuteur privilégié » sur l’île, en l’occurrence le président Xavier Lédée. Sans laisser transparaître son étonnement face à cette déclaration publique d’intention de vote, la sénatrice Micheline Jacques, qui entend briguer un nouveau mandat le 27 septembre prochain, a évoqué plusieurs sujets d’importance.
« Pas de préférence locale à l’emploi »
Pour exemple, elle a rappelé qu’elle a, en 2025, « pris l’initiative de créer un cadre pour la discussion entre l’État et la collectivité préalable au renouvellement de la centrale de production d’électricité et, plus largement, de la politique énergétique pour l’île ».
Avant de distinguer d’éminents acteurs de la vie associative et culturelle de l’île, la sénatrice a tenu à préciser : « Non, Saint-Barthélemy n’est pas dotée pas de la clause dite de « préférence locale à l’emploi ». La Collectivité ne dispose pas davantage du même statut que la Polynésie française, qui peut mettre en place des dispositifs auxquels nous ne pouvons recourir. » Et d’ajouter : « Je veux aussi rappeler que le statut fiscal n’est pas conçu comme un « avantage » pas plus qu’il n’est la seule motivation de notre statut. Il en est une condition, certes, mais comme contrepartie aux contraintes que représentent la vie sur une île et adapté à notre réalité économique et géographique. Aussi, j’alerte sur les démarches réduisant le régime fiscal à une aversion à l’impôt. Je le dis comme je le pense, n’en déplaise. A cet égard, gardons en tête que le défi de la fiscalité sociale est devant nous. »
Le maire de la commune de Sainte-Anne (Guadeloupe), Francs Baptiste, et le secrétaire général de la préfecture, Fabrice Thibier, ont également pris la parole lors de la cérémonie. Celle-ci s’est conclue par un lever de voile sur une maquette réalisée par Patrice Gouard et offerte à la Collectivité territoriale par le président de la Fédération des anciens combattants, Philippe Laduré. Le temps était alors venu d’entamer les festivités. Avant l’ouverture des éventuelles « hostilités » électorales.
