Sous une pluie battante, au beau milieu de la nuit, une habitante de Cul-de-Sac observe des trombes d’eau se déverser sur sa terrasse et dans sa maison. Il est environ 2H25, dans la nuit du mardi 14 et du mercredi 15 avril. Les fortes pluies qui s’abattent sur les trois-quarts de l’île ont contribué à créer une véritable cascade qui s’écoule depuis le haut du morne jusqu’à sa demeure. Enfin, plutôt depuis les terrassements des autres maisons construites en surplomb. Une situation qui n’est évidemment pas unique à Saint-Barth. Quoi qu’il en soit, en trois heures, entre 75 et 120 millimètres de pluie sont tombés sur la majeure partie de l’île.
Première conséquence de ce soudain et puissant épisode, des dégâts en série. Sur le réseau routier, tout d’abord. Essentiellement en raison des écoulements d’eau qui ont entraîné boue et roches dans leur sillage. Les premiers travailleurs du mercredi matin ont ainsi eu à s’élancer sur des portions de routes devenues dangereuses. Notamment à Grand Fond, Camaruche, Anse des Cayes, Marigot et d’autres. « C’est une catastrophe », souffle une habitante d’Anse des Cayes. Fort heureusement, très rapidement, des agents de la Collectivité ont été mobilisés pour nettoyer les routes. Des particuliers et des travailleurs moins pressés que d’autres ont aussi pris le temps, par endroits, de déblayer quelques zones recouvertes de pierres et de boue avant de reprendre la route.
A l’occasion de cet épisode de fortes pluies, des questions ont resurgi. Sur la pertinence de certaine bâtisses, construites sans tenir compte des zones de ravines naturelles. Sur les aménagements, aussi. « Les toboggans avec les murs en pierres qui bordent les routes n’arrangent pas les choses et l’eau arrive beaucoup plus vite dans les fonds », remarque ainsi un internaute. Mais également sur l’avancée des travaux de sécurisation des mornes désignés comme «sensibles » après que soit survenu un éboulement. Comme celui qui surplombe la route de Public, dite "sous le fort", une voie qui reste fermée dans un sens de circulation depuis six mois et qui, depuis, est le théâtre régulier d'éboulements. Comme ce vendredi 17 avril (photo ci-dessous).

Des géotechniciens attendus
Le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) de Guadeloupe a rendu un rapport début janvier à la Collectivité territoriale (JSB 1648). Un document qui contient plusieurs préconisations afin de sécuriser la zone. Conseiller territorial et président de la commission de maîtrise du développement et de la modernisation du territoire, Fabrice Querrard a indiqué au JSB que « des géotechniciens doivent venir ce mois-ci » à Saint-Barth. Avec pour mission de vérifier que la pose de filets d’arrêt ou de grillages est possible sur le morne. Un nouveau rapport sera rendu dans les deux mois sur le procédé à employer. Ensuite, "sans doute pendant l'été" indique Fabrice Querrard, des travaux de sécurisation pourront être entrepris. Une opération qui devra aussi être effectuée, après avoir mené une étude géotechnique approfondie, sur le morne Depoudré duquel d’imposants rochers s’étaient décrochés le 18 septembre 2025 (JSB 1631, 1632). En attendant, la prudence reste de mise pour les usagers de la route qui empruntent cette voie. Particulièrement les jours, et les nuits, de pluie.
Par ailleurs, si la pluie a causé quelques dégâts, elle a aussi eu des effets bénéfiques. « Ma citerne s’est remplie de 28% », sourit un habitant de Vitet. Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres.
