Saint-Barth - justice tribunal

Trafic de stupéfiants : un à deux ans de prison ferme pour trois dealers

«Le trafic de stupéfiants est un trafic qui tue. Ce n’est pas un simple business mais le financement de toute une économie souterraine. » Lors de son réquisitoire, la procureure de la République a laissé entrevoir quelle pourrait être l’ampleur des condamnations. Le vendredi 30 octobre, devant le tribunal de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, trois prévenus risquaient jusqu’à dix ans de réclusion pour s’être adonné à Saint-Barthélemy, en 2026, à du trafic de stupéfiants. A l’issue d’un procès long de plus de six heures, deux des trois hommes ont écopé d’une peine de 36 mois d’emprisonnement, dont 12 avec sursis. Le troisième a été condamné à 18 mois de prison dont 6 avec sursis.

L’affaire a débuté par un banal contrôle routier de la gendarmerie, le 9 septembre dernier. Un homme âgé de 43 ans circule à scooter sur la route de Saint-Jean. Son casque n’est pas attaché, son phare avant est défectueux. Jusque-là, rien de trop grave. Mais l’homme paraît agité, refuse le dépistage aux stupéfiants et jette un petit sac à dos par-dessus une clôture. Les militaires le récupèrent et découvrent qu’il contient de la cocaïne, de l’ecstasy, du cannabis et de la kétamine. Sans oublier une pipe à crack et une balance de pesée. Le combo parfait. L’homme est interpelé et une perquisition est effectué à son domicile. Là, les gendarmes retrouvent plus d’un kilo de résine de cannabis conditionnée en dix plaquettes.
Placé en garde à vue, l’homme se décrit comme un « toxicomane ». Les enquêteurs ne tardent pas à découvrir que deux autres personnes sont liées à son activité. Identifiés, les complices présumés sont interpellés et interrogés. En garde à vue, les langues ne tardent pas à se délier. Tout comme devant le tribunal, plus d’un mois après leur placement en détention provisoire.


Des sacs récupérés à la descente du ferry
C’est donc entre les gendarmes et menottes aux poignets que les trois hommes entrent dans le box des prévenus, le vendredi 30 octobre. Ils sont âgés de 43, 37 et 21 ans. Avant d’entamer les débats, les avocats de la défense soulèvent des exceptions de nullité de la procédure. Elles portent notamment sur l’atteinte à l’accès à un avocat lors d’une audition par les gendarmes et des insuffisances supposées sur la période au cours de laquelle les faits ont été commis. Le tribunal décide de joindre ces requêtes au fond et entame l’examen du dossier.
L’homme de 43 ans explique qu’il était hébergé par son complice de 37 ans. Ce, contre un loyer de 3.500 euros par mois. Il raconte qu’il « dealait » de la drogue aussi bien à domicile que sur les points de vente de l’île. Un trafic dont son logeur ne va pas tarder à profiter. Lorsque le président du tribunal se tourne vers lui pour l’interroger, le prévenu éclate en sanglots. Il explique que c’est en raison de difficultés financières qu’il s’est lancé dans ce trafic. « Je me suis laissé entraîner, affirme-t-il. J’avais peur, j’ai des bouches à nourrir et je ne voulais pas tout perdre. » Il raconte qu’il allait régulièrement récupérer un sac à la descente du ferry qui effectue la liaison entre Saint-Martin et Saint-Barth. « Je prenais le sac et je le donnais à monsieur », assure-t-il, indiquant que ce trafic lui permettait aussi de se fournir en stupéfiants pour sa consommation personnelle. Mais il reconnaît dans la foulée sa participation « à deux ou trois trucs ». Et le président de constater : « Vos déclarations sont évolutives… »

« Ils ont fait leur beurre »
Debout aux côtés de ses deux coprévenus dans le box, le troisième protagoniste ne dit pas un mot. Son avocat ayant réclamé l’annulation de ses auditions, évoquer son implication lors des débats ruinerait cette stratégie de défense. Il garde donc le silence. Néanmoins, ses complices confirment à plusieurs reprises que le jeune homme de 21 ans a également pris part au trafic.
« Ils ont fait leur beurre », tonne la procureure de la République qui rappelle que les perquisitions ont permis de saisir 1.262 euros, 612 grammes d’ecstasy, un kilo de résine de cannabis, 131 grammes de cocaïne, 111 grammes de kétamine et sept téléphones portables. Elle requiert des peines de quatre ans de prison pour l’homme de 43 ans, de trois ans pour son logeur et complice et de deux ans pour le benjamin de la bande. L’avocate du premier relève la « fragilité » de son client tandis que celle du « logeur » insiste sur le fait que ce dernier a été « d’une transparence sans faille » tout au long de ses auditions et à la barre du tribunal. Quant à l’avocat du jeune homme silencieux, il s’efforce de démonter point par point les éléments du dossier. « On se contente de peu », regrette-t-il qualifiant le dossier de « mal ficelé ». Rien n’y fera.
Un mandat de dépôt est prononcé à l’audience et les condamnés sont directement renvoyés en prison.

Journal de Saint-Barth N°1686 du 05/11/2026

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