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Justice - Maltraitance infantile : un père condamné à un stage de responsabilité parentale

Le lundi 19 octobre, le tribunal de proximité de Saint-Martin et Saint-Barthélemy a tenu son audience dans le cadre feutré mais solennel de la grande salle de La Capricieuse, située à la capitainerie de Gustavia. 

À la barre, un père de famille comparaissait pour des violences commises sur ses deux jeunes garçons. Reconnu coupable, il a notamment été condamné à effectuer un stage de responsabilité parentale dans un délai de six mois. Retour sur les débats d’un dossier où le poids des transmissions familiales croise la réalité des violences intrafamiliales.
Tout commence au sein de l’établissement scolaire. Inquiet après les confidences alarmantes de l’un des enfants, le médecin scolaire déclenche un signalement. Le jeune garçon raconte les coups de ceinture infligés par son père et décrit un climat de violences conjugales au domicile. Face aux enquêteurs, la mère confirme le calvaire quotidien. Les auditions des deux garçons et les expertises médico-psychologiques menées dans la foulée confirment les traces physiques et psychologiques de ces corrections répétées.

Un schéma de reproduction
À la barre de La Capricieuse, le prévenu baisse les yeux mais ne fuit pas ses responsabilités. Il reconnaît distribuer des fessées à ses fils, ciblant particulièrement l’un d’eux, diagnostiqué hyperactif. Il admet aussi le recours à la ceinture pour punir « certaines bêtises », affirmant toutefois qu’elle servait le plus souvent d’instrument d’intimidation. Pour tenter d’expliquer ses accès de colère, il met en avant son désarroi face aux troubles de son enfant.
Face aux questions pressantes du président du tribunal, la prise de conscience affleure. Le père concède que « ces pratiques ne sont pas acceptables et peuvent traumatiser les enfants ». Avec pudeur, il admet une vérité intime : lui-même a grandi sous les coups de ceinture. Il n’a fait que reproduire le schéma subi durant sa propre enfance. Avec le recul, il le reconnaît désormais : il aurait dû opter pour « une autre méthode éducative ».
Pour sa défense, son avocate évoque la banalisation de certaines punitions corporelles encore ancrées aux antilles, les décrivant comme « des habitudes souvent transmises d’une génération à l’autre ». Une grille de lecture destinée à éclairer l’origine de ces gestes, sans pour autant dédouaner son client.

Une situation familiale complexe
Aujourd’hui, le père affirme avoir entamé un suivi psychologique et assure qu’aucun nouvel incident n’est à déplorer. La famille fait d’ailleurs l’objet d’un suivi judiciaire et éducatif renforcé via une mesure d’Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO).
Ce dossier met aussi en lumière l’intimité fêlée d’un couple fracturé. Le prévenu a déjà été condamné pour des violences sur la mère de ses enfants. Et pourtant, malgré leur séparation, tous deux continuent de partager le même toit. La raison ? L’extrême difficulté à se loger à Saint-Barthélemy, qui force les ex-conjoints à une cohabitation sous haute tension.
Plaidant pour la partie civile, l’avocate des enfants insiste sur le traumatisme profond des deux garçons. Mais la situation reste délicate : au quotidien, les enfants continuent de côtoyer leur père. Pour ne pas détériorer un lien déjà fragile ni les exposer davantage, elle sollicite une "faible indemnisation" limitée à 500 euros par enfant.
Du côté du ministère public, la procureure note une apparente prise de conscience chez le prévenu, tout en rappelant     que la fermeté judiciaire demeure indispensable. Elle requiert un stage de responsabilité parentale, assorti d’une peine de quatre mois d’emprisonnement en cas de non-respect.
Le tribunal choisit de suivre ces réquisitions. Jugé coupable, le père dispose désormais de six mois pour accomplir son stage et devra verser 300 euros de dommages et intérêts à chacun de ses fils en réparation du préjudice moral.

 

 

Journal de Saint-Barth N°1684 du 22/10/2026

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