La semaine dernière, la baie de Marigot n’avait rien à envier à l’embouchure d’un fleuve amazonien après de fortes pluies. Une eau sombre, marron, avec une petite originalité locale : la présence d’un important amas de sargasses échouées et en décomposition sur la partie gauche de la baie. Le lundi 4 mai, la Collectivité territoriale a publié sur les réseaux dits «sociaux» un communiqué qui fait état d’un « léger dépassement du seuil de référence dans la baie (…) avec une concentration moyenne en H2S sur 12h supérieure à 1 ppm ». Rien de très compréhensible pour appréhender la situation. Mais la Collectivité se veut rassurante et écrit : « Cette situation, modérée à ce stade, s’inscrit dans un contexte de décomposition de sargasses (sic), avec un risque élevé de nouveaux échouages dans les prochains jours. » Surprenant.
Le H2S n’est autre que la formule chimique du sulfure d'hydrogène, ou hydrogène sulfuré, un composé constitué de soufre et d'hydrogène. C'est un gaz inflammable, incolore, à l'odeur nauséabonde d'œuf pourri, très toxique et faiblement soluble dans l'eau.
Dans son communiqué, la Collectivité territoriale indique que des capteurs assurent un suivi en continu des concentrations de N2S et de NH3 à Marigot et à l’Anse des Cayes depuis le courant de l’année 2024. Un suivi qui a été confié à Madininair depuis 2025 « garantissant une meilleure réactivité ». Fin février, la Collectivité a précisé au JSB que «la mise en œuvre de rapport régulier est également en cours de finalisation avec une plateforme à destination du public ». Des rapports qui, pour l’heure, sont transmis uniquement à la Collectivité, à l'Agence régionale de santé et à la préfecture. Les données collectées ne sont donc pas consultables par le public.
Quid du site de Saint-Jean ?
Par ailleurs, il n’est pas fait état de capteurs au niveau de la zone de stockage de Saint-Jean pour les sargasses ramassées sur les plages. Un site régulièrement délesté des algues emmagasinées mais rarement avant que celles-ci n’aient entamé leur décomposition. Avec pour résultat l’émanation de gaz divers et l’écoulement de jus de sargasses dans le sol. Quand ils ne forment pas des marres nauséabondes.
Lors d’une réunion qui s’est tenue sans la présence de la presse le mercredi 6 mai en Collectivité, avec le préfet Cyrille le Vely et le coordinateur national du plan de prévention et de lutte contre les sargasses au ministère des Outre-mer, Baptiste le Nocher, il a été précisé que la Collectivité travaille à la mise en place d’une opération de dépollution des sols à Saint-Jean et à la création d’un espace de stockage protégé. Toutefois, selon le compte-rendu publié par les référents de quartier, aucun élément chiffré sur la situation actuelle du site n’a été présenté, pas plus qu’un agenda d’exécution. Dans une publication datée du 4 février, le président du conseil territorial Xavier Lédée évoquait justement « la dépollution des sols » du site de Saint-Jean. La question des moyens employés et des étapes de cette dépollution a été posée fin février à la Collectivité. Toute comme celle du budget et du calendrier de l’opération. Réponse : « Les études préalables pour la mise en conformité du site de stockage temporaire des sargasses ont été remises fin novembre 2025. Le principe retenu est constitué d'alvéoles étanches avec collecte et traitement du lixiviat par filtres plantés aérés. Les marchés de travaux sont en cours d'élaboration par le service environnement et la direction des services techniques. »
Concernant le projet d’installation de barrages déviants à l’entrée de la baie de Marigot, puis de Cul-de-Sac et de l’Anse des Cayes, il est en cours. Celui de Marigot, un barrage « test », devrait être posé dans le courant du mois d’août prochain. Pour les autres, le délai oscille entre deux et trois ans. Un dispositif qui ne comprend pas de ramassage en mer.
Conseillère territoriale, Alexandra Questel a assisté à la réunion du mercredi 6 mai. Elle déclare : « Les délais administratifs freinent considérablement la capacité d’action rapide de la Collectivité. À titre d’exemple, le déploiement des barrages, sur lequel nous travaillons depuis maintenant un an, est fortement ralenti par ces procédures. À ce jour, nous n’envisageons un déploiement qu’au mois d’août, et encore, dans le meilleur des cas. »
Dans son dernier bulletin de prévision d’échouement des sargasses, Météo France souligne que de « nombreux échouements parfois massifs vont perdurer au cours des prochaines semaines ».
Depuis la parution de cet article, un communiqué de la Collectivité territoriale de Saint-Barthélemy a précisé que les relevés effectués dans la baie de Marigot indiquaient un retour à la normale.
