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Crise EDF : des délestages annoncés jusqu’à la mi-novembre

Depuis le mardi 20 octobre, l’île de Saint-Barthélemy vit au rythme des coupures d’électricité. Ou, plus précisément, à la fréquence des délestages «tournants » mis en place par EDF. Cette situation est la conséquence de l'indisponibilité simultanée des deux principaux groupes de production de la centrale de production de Public : le G7 et le G8. Deux « moteurs » qui ont une capacité de production de 8MW. Aussi, afin d’éviter un incident généralisé, un «black-out », EDF procède à des interruptions programmées et alternées sur la quasi-totalité de l’île.

Un groupe à démonter
Emma Dahomay Thibaudier, directrice régionale adjointe d’EDF Archipel Guadeloupe, apporte quelques éléments d’explication sur la situation actuelle, qui devrait se prolonger jusqu’à la mi-novembre. « Le G8 fait l’objet d’une maintenance majeure programmée qui a lieu toutes les 68.000 heures. C’est réglementaire. On avait un peu décalé sa maintenance cet été au regard d’autres problèmes sur d’autres groupes (JSB 1677). Malheureusement, le G7, qui sortait tout juste de sa maintenance, a rencontré un fortuit. Ça va nous obliger à tout redémonter pour faire un diagnostic et réparer. Sur le G7, on en saura plus jeudi sur la durée de la réparation. Forcément, notre capacité de production est réduite. Deux fois 8MW indisponibles, avec une pointe à Saint-Barh qui est d’environ 23,6 MW, cela signifie qu’il nous manque 4 à 5MW. »
Pour l’heure, la centrale de public fonctionne donc sur ses six vieux moteurs, installés entre 1988 et 1997, d’une capacité maximale de 3,1 MW chacun, ainsi que sur des groupes électrogènes temporaires fournis par la société Aggreko. Toutefois, d’autres dispositifs de production vont être acheminés depuis Saint-Martin et la Guadeloupe avant la fin de la semaine.
« Ils ne vont pas permettre de ne plus délester mais ils vont réduire le nombre de clients coupés, prévient Emma Dahomay Thibaudier. On travaille avec la Collectivité territoriale pour leur trouver des emplacements. » De fait, dans une publication en ligne, le président Xavier Lédée évoque « l’installation de groupes électrogènes mobiles dans certains quartiers », sans préciser lesquels. Une donnée importante car, comme le précise la directrice régionale adjointe d’EDF, l’un des enjeux de ces installations résidera dans la maîtrise du bruit de ces moteurs temporaires. « Pour les groupes de secours sur place, on regarde si on peut les faire tourner à un plus haut régime, explique-t-elle. C’est un autre levier que l’on est en train d’étudier. »

Limiter sa consommation
Parallèlement, tout en saluant la mobilisation des équipes d’EDF à Saint-Barth, Emma Dahomay Thibaudier annonce l’arrivée de renforts venus de Saint-Martin et de Guadeloupe. Quant à activer le dispositif de limitation temporaire de puissance, le même qui a fait l’objet d’un test en juin dernier (JSB 1667 et 1669), la dirigeante souligne que cela ne peut se faire sans le concours de la société hexagonale Enedis, qui dispose des outils et de technologie. « Nous ne sommes pas autonomes sur le sujet, insiste-t-elle. Ce dispositif n’est pas industrialisé et on ne sait pas l’activer au pied levé car on est en phase d’expérimentation. » De plus, Emma Dahomay Thibaudier rappelle : « La limitation temporaire de puissance est quelque chose que l’on impose. On peut aussi limiter sa consommation sans contrainte. Car chaque geste compte. Particulièrement à Saint-Barthélemy. La climatisation et les moteurs de piscine sont les deux gros usages à limiter. Si tout le monde fait l’effort, on voit le résultat sur la courbe. »
Pour mémoire, la Collectivité territoriale dispose de la compétence en matière d’énergie. Ce qui implique une responsabilité dans la politique énergétique de l’île. Pour l’heure, des solutions de secours vont donc être apportées pour amenuiser la crise actuelle. Néanmoins, Emma Dahomay Thibaudier le rappelle, comme la directrice régionale Marie-Line Bassette l’a fait en mai et en septembre dernier dans le JSB 1677, la situation de tension globale au niveau de la production d’électricité à Saint-Barthélemy durera jusqu’à la mise en service de la nouvelle centrale EDF. Notamment en raison d’une hausse constante de la consommation, de l’ordre de 2% par an.
 

 

Colère, denrées perdues et débrouille : la crise vue par les usagers

« C’est inadmissible ! On a des bébés dans la chaleur depuis 4 heures », s’indigne Zora sur la page Facebook 
« EDF à Saint-Barthélemy ». Face à la panne majeure qui frappe l’île, les réactions des usagers déferlent sur les réseaux sociaux. Sous les publications de l’opérateur, les commentaires traduisent une vive exaspération et des inquiétudes très concrètes.
La préservation des denrées alimentaires constitue la préoccupation majeure des foyers. « Qu’allons-nous faire de nos aliments au congélateur ? Qui coûtent déjà un bras à la base, ça devient horrible », alerte Ludivine. Jérémy souligne la double peine dans ce contexte de crise d’approvisionnement régional : « Il aurait été judicieux de prévenir bien avant car déjà que les supermarchés sont vides à cause de la grève en Guadeloupe, si en plus on perd le peu de nourriture payée une blinde à cause de vos coupures à répétition, ça devient compliqué franchement ! »
L’imprévisibilité et le manque d’anticipation agacent tout autant. « Les horaires ne sont pas respectés, les coupures interviennent une heure avant ce qui est prévu », dénonce Sylvie. 
Bérénice et Magali réclament un « planning clair » sur plusieurs jours, tandis que Calou cherche à comprendre si les délestages sont « pour la journée ou pour la semaine ».
Pour réduire la pression sur le réseau électrique, les internautes proposent des solutions. Jayne suggère ainsi une piste ciblée : « La solution : couper les clims dans les villas non occupées quelques heures dans la journée. »    
 

Mahé Stakelborough, président de l’association des restaurateurs : « C’est aberrant »

A l’heure de la réouverture de la plupart des établissements de restauration de l’île, les délestages, tournants ou non, posent de nombreuses difficultés. Mahé Stakelborough, président de l’association des restaurateurs, évoque une situation « catastrophique ». Il lance : « On ne peut pas commencer une saison comme ça. Trois semaines avec des coupures par intermittence. Les restaurants qui ferment à 21 heures parce qu’ils n’ont pas d’électricité ou ceux qui n’ouvrent pas parce qu’ils savent qu’ils n’auront pas de courant de 18 à 21 heures, ce n’est pas possible. On est un pays du tiers monde, nous ? C’est aberrant. On est l’île par excellence mais on n’a pas d’électricité ? »
Mahé Stakelborough l’affirme : « C’est très grave. Tous les restaurateurs sont inquiets. On avait de très belles perspectives pour ce début de saison, même pour ce week-end, et finalement on est dans le flou. Au lieu de gagner notre vie et de payer nos charges, on va perdre de l’argent. Donc c’est très compliqué. » Pour le président de l’association des restaurateurs, en arriver à une telle situation est « incompréhensible ». Il explique : « Les agents locaux d’EDF avaient fait des grèves (en décembre 2022) pour expliquer qu’il y allait avoir des problèmes mais ça n’a pas été écouté. Du coup tout le monde se retrouve en porte-à-faux. Les élus sont très gentils, mais on a eu le problème de l’eau en juin, ensuite de l’électricité, et là ça repart. »

« On ne peut pas continuer comme ça »
Face à une telle situation, Mahé Stakelborough assure que l’association des restaurateurs va prendre des mesures. « J’ai vu un avocat, indique-t-il. L’association va voir si elle attaque la Collectivité, EDF ou les deux, peu importe, pour avoir des dédommagements. On ne peut pas continuer comme ça, à mettre des moyens pour ouvrir de beaux établissements sur l’île et que derrière ça ne suive pas. Ce n’est pas possible. Et pour les habitants c’est pareil. On te dit qu’il va y avoir de l’électricité à 18 heures, finalement c’est à 20 heures, 21 heures, c’est mal organisé au possible. »
Il évoque les pertes auxquelles sont d’ores et déjà confrontés les professionnels. « Si le courant est coupé au milieu d’un service, les frigos ne sont pas à température. On a dû jeter de la marchandise. Hier soir (mardi), j’ai fait passer un huissier dans deux restaurants pour constater qu’ils étaient fermés à 21 heures au milieu d’un service. Un autre m’a appelé pour me dire qu’ils avaient aussi jeté de la marchandise suite à la coupure dans la nuit. On essaye de trouver des solutions, mais on ne peut pas ouvrir sans frigo, sans hotte… On a un cahier des charges à respecter, et sans électricité ce n’est pas possible. »
Le Sella, le Bonito, le Café, le Nikki Beach, la Petite Plage, Bagatelle, et d’autres rouvrent leurs portes cette semaine. « Mais tout le monde va refermer s’il n’y a pas d’électricité, peste Mahé Stakelborough. C’est dommageable pour nous mais aussi pour nos fournisseurs. Si on ne vend pas de nourriture, on ne va pas en racheter. Donc pour eux c’est une perte sèche aussi. Toute la chaîne économique de l’île part en vrille. Tout le monde est impacté. On connaît les charges à Saint-Barth, ça va faire mal. »

 

Journal de Saint-Barth N°1684 du 22/10/2026

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