Saint-Barth -

Richard Lédée entouré des élèves de la classe de CM1-CM2 du groupe scolaire de Gustavia lors d’une intervention dans le cadre de l’abolition de l’exclavage.

L’esclavage raconté aux écoliers

Précautionneusement déplié dans une boîte en carton, un manuscrit ancien est exposé à la vue des écoliers. Autour de la table, les élèves de la classe de CM1/CM2 de Nathalie Galou se penchent, s’étirent et plissent les yeux pour tenter d’y décrypter des lettres, des mots, des phrases. Toutes et tous entourent Richard Lédée, invité dans l’espace d’enseignement du groupe scolaire de Gustavia pour y aborder un sujet qu’il maîtrise : la période esclavagiste à Saint-Barthélemy.
En 2012, c’est grâce à ses recherches que la date du 9 octobre a été reconnue par le conseil territorial comme journée officielle de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Par conséquent, Richard Lédée est armé pour répliquer aux nombreuses questions que lui posent les écoliers. Sans jamais se dérober, avec pédagogie, sans esquiver aucun sujet. Ainsi, à une question sur les navires qui transportaient « les captifs, car ils n’étaient pas encore esclaves », souligne Richard Lédée, ce dernier ­sollicite les connaissances et le bon sens des enfants. Car ceux-ci ont longuement travaillé avec leur professeure, Nathalie Galou, sur l’esclavage. 
« Les traversées sont une des choses les plus atroces de l’histoire, insiste l’intervenant. Sur certains bateaux, il n’y avait plus que cinq esclaves sur cinq-cents embarqués. » Que rapportaient en France les navires «négriers » des Antilles ? Les réponses des écoliers fusent : du sucre, de l’indigo, des épices, du coton… « Il y avait des esclaves à Saint-Barthélemy ? », interroge un élève. « Il y en avait partout sur l’île », confirme Richard Lédée.

La quotidien des esclaves à Saint-Barth
Une question tarabuste plusieurs élèves lorsque sont évoquées les rebellions qui intervenaient parfois lors des traversées entre le continent africain et les Antilles. «Comment faisaient-ils s’ils ne savaient pas diriger les navires ? », lance un petit garçon. « Vous savez, la traversée durait un, deux mois, alors ils ne savaient pas naviguer mais ils observaient ce que faisaient les marins, souligne Richard Lédée. Ils n’étaient pas plus couillons que les autres. Donc quand ils prenaient le navire, ils ne savaient pas où aller mais naviguer, oui. Après, certains se perdaient en mer, d’autres arrivaient à faire demi-tour… »
Richard Lédée écoute, répond, explique, posément. Debout à côté de lui, une fillette l’écoute religieusement en le dévisageant. D’autres écoliers concentrent leur attention sur le vieux manuscrit, fasciné. Le quotidien des esclaves à Saint-Barth intéresse également les enfants. Est-ce que certains arrivaient à s’évader ? « Sûrement, réfléchit l’intervenant. Les gros bateaux ne pouvaient pas entrer dans le port, donc il fallait aller chercher les marchandises sur des petits canots. Souvent, ce sont des esclaves qui le faisaient. Il y en a qui ont dût tenter de s’enfuir sur ces canots, mais c’était très surveillé. Et puis où aller ? Pas facile de choisir une île autour… »
Les échanges se poursuivent en évoquant la vie et le parcours des esclaves affranchis. « Y-a-t-il des descendants d’esclaves à Saint-Barth ? », risque une écolière. « Plein, assure Richard Lédée. Beaucoup d’esclaves ont quitté l’île après l’abolition mais il y avait déjà eu plein de mélange. » 

Forts des travaux qu’ils ont mené avec leur enseignante et dont le résultat a été présenté lors de la cérémonie de commémoration de l’esclavage le 9 octobre, les élèves suivent avec une attention concernée les histoires contées par l’intervenant. Jusqu’à ce que la sonnerie des vacances de la Toussaint retentisse. Le temps est alors venu de remballer avec soin les vieux manuscrits. Quant aux récits, ils resteront sans nul doute gravés dans la mémoire des écoliers.

 

 

Journal de Saint-Barth N°1684 du 22/10/2026

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