La fin de l’après-midi approche. Pour les pêcheurs professionnels de l’île, la journée de travail est terminée. Le bon moment pour interroger Rudy Aubin, le président du comité des pêches et de l’aquaculture, sur les enjeux de la filière. Avant que ne se tiennent, ce vendredi 29 mai, la séance d’inscription 2026 au comité, la structure comptait 28 bateaux. Toutefois, c’est sur le sujet des sargasses et le partenariat avec la Collectivité que débute l’entretien.
« On aide comme on peut »
La convention de partenariat qui attribue une subvention de 120.000 euros au comité dans le cadre de la lutte anti-sargasse a été renouvelée le 15 mai. « La convention signée au départ était courte donc il fallait être sûr que l’on ne travaille pas dans le vide, explique Rudy Aubin. Entre le 20 avril et début mai, on a fait six interventions. A chaque fois, il faut trouver du monde en urgence. Au moins deux bateaux avec quatre personnes à bord pour être efficace. Ce n’est pas toujours simple. Mais on a un groupe de onze à treize personnes qui répondent rapidement. »
Mobiliser les bateaux, s’assurer que des bennes sont disponibles pour le transport sur terre, quand l’alerte est donnée la veille pour le lendemain, les contraintes sont nombreuses pour les professionnels de la pêche. « On essaye d’aider comme on peut, assure le président du comité. Il n’y a pas de solution miracle. L’objectif est d’avoir de moins en moins de ramassage à faire. Lors de notre dernière sortie, qui a duré treize heures, on a rempli de sargasses entre neuf et dix bennes d’environ 2,5 tonnes. »
Reprise possible pour le projet d’atelier de transformation
Outre cette contribution à la lutte contre l’invasion des algues brunes, qui perturbe aussi l’activité des pêcheurs, le comité mène plusieurs réflexions sur le développement de la filière. Évidemment, le projet de création d’une fabrique de transformation du poisson est évoqué. Un projet qui avait notamment été lancé pour pallier le manque de consommation locale du poisson de roche, exporté en grande quantité. Pour l’heure, il est à l’arrêt. « L’idée de la transformation était de permettre un meilleur contrôle, explique Rudy Aubin. Mais le projet est parti trop loin. Du contrôle de l’export on est arrivé à un atelier de transformation, ce qui a créé pas mal de réticences. On s’est retrouvé avec un projet trop gros et on a coupé court. Mais une reprise est possible, à une échelle raisonnable. »
Pérenniser l’accord sur le carburant
D’autres sujets occupent l’esprit des membres du comité des pêches. Comme le fait de sécuriser dans le temps la convention sur le prix du carburant signée avec la Collectivité territoriale. Mais aussi de continuer à collaborer avec la Chambre économique multiprofessionnelle (Cem) afin de renforcer l’offre de formation. Un domaine dans lequel la situation, assure Rudy Aubin, s’est grandement améliorée. Quant à l’activité professionnelle, elle s’est avérée plutôt bonne cette saison. « Ça tourne », indique le président, qui nuance : « Selon les périodes, tout dépend de qui est preneur sur l’île, si des produits viennent de l’extérieur et nous font de la concurrence, etc. La saison a été plus compliquée sur le pélagique et la langouste. On est quand même pas mal de pêcheurs sur une zone plutôt restreinte. » Une constatation qui, là encore, amène à une réflexion. « Sur le marché de la vente, on sent que l’on est nombreux, remarque Rudy Aubin. Il y a parfois des tensions, donc on a des discussions là-dessus. »
Une « zone à booster » autour de la halle aux poissons
Par ailleurs, si les pêcheurs ne peuvent que se satisfaire de la qualité des infrastructures de la nouvelle halle, installée à la Pointe sur l’espace Rockefeller, Rudy Aubin estime qu’il va être nécessaire de « booster la zone ». Il explique : « Il n’y a pas grand-chose à cet endroit et on a moins de monde que quand on était de l’autre côté du port. L’idée est de placer un panneau à l’entrée de Gustavia pour indiquer la direction de la halle aux poissons et ce qu’on y trouve chaque jour. »
Si la flotte des pêcheurs de Saint-Barthélemy s’avère relativement jeune, la transmission demeure un enjeu majeur. Celle-ci passe par l’accès aux formations mais aussi aux licences de pêche. De plus, pour continuer à développer la filière de manière raisonnée ainsi qu’à promouvoir les produits de la pêche locale, le comité entend s’appuyer sur des événements comme le Gourmet Festival, auquel les professionnels ont pris une part active lors de l’édition 2025, ou le Saint-Barth Fishing Tournament. Et lorsque la question de l’approvisionnement est soulevée, le président du comité rappelle : « L’île est petite. Il n’y a pas que les restaurants, il y a les habitants aussi. » Qui devraient s’aventurer davantage du côté de la nouvelle halle aux poissons.
