Nouvelle polémique à la Collectivité, les élus s’écharpent sur les travaux d’aménagement du fond de rade lancés sans avoir été validés par le Conseil exécutif. Alors que les opposants au projet dénoncent une violation de la loi, le président de la collectivité trace sa route.
A peine démarrés, les travaux du fond de rade risquent-ils de s’arrêter ? C’est en tout cas la demande formulée par trois élus du Conseil exécutif. Bettina Cointre, Marie-Hélène Bernier et Maxime Desouches ont envoyé au président de la Collectivité, ainsi qu’au préfet, un courrier de mise en demeure “d’arrêt immédiat des travaux d’aménagement du fond de rade”. Sans parler de leurs désaccords sur le fond du projet, les élus attaquent ici la forme, ou plutôt la manière. «C’est la méthode qui n’est pas acceptable, il passe en force alors qu’on est partants pour discuter », argue Marie-Hélène Bernier. Leur grief principal : que ce projet n’ait pas été validé par le conseil exécutif. Pour justifier leur position, les opposants s’appuient sur la même délibération qui indique que le Conseil exécutif reçoit délégation pour « déterminer l’ordre de priorité des travaux à la charge de la collectivité, lorsque cet ordre n’a pas été fixé par le Conseil territorial ». Les élus de Saint-Barth Action Équilibre voient en ce texte la preuve légale que le Président a court-circuité le conseil exécutif.
Un ordre de priorité contesté
De son côté, le président Xavier Lédée, avance que ce projet a bien été validé en conseil territorial par ces mêmes élus. « Ça fait 19 ans que c’est le conseil territorial qui détermine l’ordre des priorités, déclare Xavier Lédée. Et cet ordre, ce n’est rien d’autre que le budget qui est voté et qui détermine quels sont les dossiers qui seront mis en place et qui devront être travaillés pendant l’année. » Le projet d’aménagement du fond de rade figure bien dans le vote du budget, conseil territorial du 26 mars 2026 (JSB 1659) dans la liste des autorisations budgétaires pluriannuelles prévues au budget primitif 2026. Mais comme le rappelle Alexandra Questel (Saint-Barth D’Abord) les élus disposent d’une faible marge de manœuvre lors du vote du budget qui est validé dans sa totalité et non, point par point. « Lorsqu’il y a eu le vote du budget, on a exprimé au président qu’on n’était pas d’accord pour ce projet, ce à quoi il a répondu qu’on pourrait tous retravailler dessus en commission d’aménagement du territoire», explique la présidente du groupe Saint-Barth D’Abord. Pour rappel, le vote du budget a été adopté à la majorité avec cinq voix contre (Marie-Hélène Bernier, Maxime Desouches, Pascale Minarro, Dimitri Lédée et Jonas Brin), ainsi que deux abstentions (Bettina Cointre et Micheline Jacques). Mais en commission d’aménagement du territoire, qui est seulement consultative, il n’y a pas eu de majorité. Le signe que ce projet ne remportait pas l’adhésion des autres élus.
«J’avais besoin d’avancer»
Le projet a ensuite été inscrit en conseil exécutif le 10 juin mais la délibération n’a pas été votée en raison de l’absence d’Alexandra Questel, qui ne permettait pas d’atteindre le quorum. « Moi, j’avais besoin d’avancer, commente Xavier Lédée. Comme il n’y avait pas besoin d’avoir un permis de quoi que ce soit sur le dossier et que les élus n’ont pas pu se positionner, j’ai validé pour qu’on puisse avancer. On est en été, il y a des entreprises qui attendent. » Selon le président de la Collectivité, tout a été fait dans les règles de l’art. «Chaque document qui est signé est envoyé en préfecture pour le contrôle de la légalité et rien de spécial n’a été relevé », certifie-t-il. Le groupe Saint-Barth D’Abord a également sollicité la préfecture, s’inquiétant de la conformité de cette démarche, notamment pour « garantir à la fois la sécurité des entreprises intervenantes et celle de la Collectivité. » Dans un courriel envoyé le 9 juillet dernier, Alexandra Questel pose la question suivante : «Dans le contexte institutionnel actuel, marqué par l’absence de majorité et les tensions que chacun connaît entre les groupes politiques, ne serait-il pas juridiquement plus prudent que le Conseil exécutif adopte une délibération approuvant explicitement la réalisation de ces travaux ?» Une demande restée lettre morte, tout comme le courrier de mise en demeure de Saint-Barth Action-Équilibre. Y a-t-il eu faute ? Le représentant de l’État n’a pas voulu endosser le rôle d’arbitre. Contactée, la préfecture n’a pas donné de réponses à nos sollicitations sur la question législative. La justice pourra s’en charger si les élus de Saint-Barth Action-Équilibre mettent leurs menaces à exécution.
Un projet pour gagner en fluidité
« On refait du parking là où il y a du parking, et on met des végétaux où il y a des végétaux », résume le président de la Collectivité Xavier Lédée qui s’étonne que ce projet devienne un sujet si sensible. Quel est donc l’intérêt de ces travaux d’un montant de 444 252 euros ? Gagner en fluidité selon Xavier Lédée. « Entre se garer en créneau sur le trottoir et en épi, ce n’est pas le même temps », assure le président. Ces travaux vont permettre d’instaurer deux places de livraison, une place PMR (personne à mobilité réduite), 20 emplacements réservés aux deux-roues le long du kiosque et donc, 17 places pour les voitures. Il y avait auparavant 16 places pour véhicules légers le long du trottoir. Les espaces verts seront réaménagés.
Salle de spectacle : une relance du projet espérée avant la fin de l’année
Alors que les travaux du fond de rade débutent cet été, d’autres projets sont en souffrance comme le parking / salle de spectacle de Gustavia ou les travaux de sécurisation à l’entrée de la ville. « Ce ne sont pas des projets qui sont à l'arrêt, répond Xavier Lédée. La réalité de l’administration est parfois un peu longue, d’autant plus quand il y a des sujets qui ressortent ou qui n'ont pas été traités en temps et en heure. » Le président de la Collectivité fait notamment référence à la découverte de 500 rochers sur un terrain en amont de celui du parking. Xavier Lédée assure que des discussions sont en cours avec le propriétaire de ce terrain, et que les travaux de sécurisation devraient démarrer en octobre : « Ces travaux ne devraient pas être très longs, donc on espère relancer le projet avant la fin de l’année. »
