Près de soixante-dix personnes ont manifesté devant le chantier du futur hôtel de L’Etoile, à Saint-Jean, afin de réclamer l’arrêt des travaux.

La protestation contre L’Etoile prend de l’ampleur

La deuxième manifestation organisée par l’association Saint-Barth Essentiel contre le projet de l’hôtel de L’Etoile à Saint-Jean, samedi dernier, a réuni près de deux fois plus de monde que le samedi 1er mai. Parallèlement, une pétition en ligne compte déjà plus de 1750 signatures de personnes désireuses de voir les travaux s’arrêter.

Le rendez-vous est un peu moins matinal que lors du premier rassemblement, une semaine plus tôt. En ce samedi 8 mai, il est un peu plus de 9 heures lorsque plusieurs dizaines de manifestants se regroupent à proximité du chantier du futur hôtel de L’Etoile, à Saint-Jean, répondant ainsi à l’appel de l’association Saint-Barth Essentiel.
L’objectif, comme huit jours plus tôt, est de réclamer l’arrêt des travaux de l’établissement de luxe, qui doit être érigé en lieu et place de l’ancien hôtel Emeraude plage, détruit en 2017 par l’ouragan Irma. La principale inquiétude de Saint-Barth Essentiel et des manifestants est la construction d’un parking souterrain de 5000 mètres carrés.

Circulation alternée
Depuis la première manifestation, les responsables du chantier ont installé des grilles devant l’entrée. La grosse soixantaine de protestataires décide de s’installer des deux côtés de la route, pancartes en main et slogans aux lèvres. « Arrêtons avec le béton », scande un homme. « Rejoignez-nous, bientôt il n’y aura plus de plage à Saint-Jean », lance un autre à l’attention d’un automobiliste.
Très vite, la décision est prise de filtrer la circulation des véhicules. Un coup la voie de gauche, un coup la voie de droite. L’opération s’effectue dans le calme, avec souvent un geste ou une parole d’encouragement de la part des conductrices et conducteurs lorsqu’elles ou ils arrivent à hauteur du rassemblement. D’autres sont moins joyeux de se retrouver ainsi ralentis.

Un peu de nervosité
Un jeune homme qui klaxonne nerveusement au volant de sa voiture voit Hélène Bernier, présidente de Saint-Barth Essentiel et élue territoriale, s’approcher de son véhicule. Un échange des plus vifs s’engage. « On est à Saint-Barth ici, on n’est pas pressé, lance avec fermeté l’organisatrice de la manifestation. Alors tu arrêtes de klaxonner. » Le jeune automobiliste se fend d’une réflexion inaudible mais sans doute peu amène puisqu’il est invité à faire demi-tour. Le voyant exécuter sa manœuvre, une femme sur son scooter s’inquiète : « On ne peut pas passer ? » Tout sourire, Hélène Bernier lui répond : « Seulement lui. »
Cet incident négligeable mis à part, la manifestation se déroule sans anicroche. Même une patrouille de gendarmerie dépêchée sur les lieux n’y voit rien à redire. Le trafic alterné se poursuit, avec des usagers de la route qui se montrent à la fois amusés, partisans, interdits, agacés ou parfaitement indifférents.
Les manifestants se séparent vers 10h30. Avec pour mot d’ordre de se retrouver le samedi 15 mai pour un nouveau rassemblement.

 

L’Etoile, un permis contesté
Pour mémoire, le projet d’hôtel de L’Etoile, porté par la société Saint-Jean Beach Real Estate Invest, implique la construction de seize bâtiments avec une capacité d’accueil de cinquante chambres. Il comprendra également plusieurs piscines, un restaurant, une boutique, mais aussi un sous-sol de près de 5000 mètres carrés qui abritera un parking et un Spa.
Un premier permis de construire a été accordé par la Collectivité en décembre 2019. Face aux réticences exprimées, principalement sur la hauteur de certains bâtiments en front de mer, un permis modificatif est déposé en août 2020. A chaque fois, le Conseil économique, social, culturel et environnemental (Cesce) émet un avis défavorable. Un avis que la Collectivité n’est absolument pas contrainte de suivre.
Deux référés en suspension sont déposés devant le tribunal administratif par l’association Saint-Barth Essentiel et l’établissement voisin du futur hôtel, l’Eden Rock. Deux procédures d’urgence retoquées par les magistrats. Aujourd’hui, la validité du permis de construire fait toujours l’objet d’un examen, sur le fond, par la justice. Mais aucune décision interdisant la poursuite des travaux n’a été formulée.

Une pétition à plus de 1750 signatures
En 2020, déjà, une pétition lancée par le collectif “Ouanalao’s Guardians” réclamait l’arrêt du projet de l’hôtel de l’Etoile à Saint-Jean (JSB1377). Elle avait permis de recueillir plus de 2700 signatures. Une autre initiative du même ordre a été lancée le 5 mai, en anglais cette fois. Sur le site change.org, elle appelle à se mobiliser contre le projet de L’Etoile. « Warning St Barths – Stop the destruction of St. Jean Beach ! » est l’accroche de la pétition. Il y est mentionné « un parking souterrain de la taille d’un terrain de football » sur le front de mer, une structure qui « causera des dommages irréversibles et tuera les coraux, polluera l’eau et abimera la vie sauvage ». Depuis sa mise en ligne, elle a été signée par plus de 1750 personnes. A l’heure où nos bouclions notre édition, le nombre de signataires continuait d’augmenter.

Des travaux interrompus
La police territoriale et le service de l’urbanisme de la Collectivité territoriale sont intervenus le vendredi 7 mai sur le chantier du futur hôtel, à Saint-Jean. En l’absence d’autorisation en bonne et due forme afin de stocker du sable sur le terrain qui se trouve de l’autre côté de la route mais aussi à Petit Cul de Sac, l’entreprise a été contrainte de suspendre ses évacuations de déblais. Pour l’obtention d’une autorisation, le délai est d’un mois.

Les courriers pleuvent
Saint-Barth Essentiel a pris la décision de porter sa contestation à l’échelon national. Après l’envoi d’un courrier, par l’intermédiaire d’un cabinet d’avocats, à la préfecture, l’association a adressé des missives à différents ministres ainsi qu’au cabinet du président de la République. Toujours, bien évidemment, afin de réclamer l’arrêt des travaux de construction de l’hôtel L’Etoile à Saint-Jean.

 

 

Journal de Saint-Barth N°1423 du 12/05/2021

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