Depuis quelques semaines, Philippe Luccioni-Michaux a pris la succession de Laurent Legendart à la direction de l’Agence régionale de santé de la Guadeloupe, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Une prise de fonction dans un contexte sanitaire marqué par des problématiques diverses selon les territoires. C’est la raison pour laquelle le nouveau directeur a commencé par effectuer une « tournée » sur les trois îles. «Il faut se déplacer beaucoup pour se rendre compte des problématiques, qui sont différentes, confirme Philippe Luccioni-Michaux, de passage à Saint-Barthélemy. Je n’ai pas encore de feuille de route élaborée, puisque je suis en phase de rencontre. » Ce qui ne l’empêche pas d’avoir déjà identifié des priorités.
En Guadeloupe, le directeur de l’ARS désigne la santé mentale, « qui a des causes multiples », comme « un enjeu majeur ». Un sujet qu’il estime devoir aborder « de manière globale ». Il ajoute : « L’eau est aussi une problématique très forte. Je veux continuer à augmenter les contrôles sanitaires. Plus de 2.000 prélèvements ont été réalisés. » A Saint-Barth, il va sans dire que les sujets de préoccupations sont autres.
Foncier de l’hôpital : « Un compromis intelligent »
« Ce que je retiens de mes échanges, c’est la reconstruction de l’hôpital, indique Philippe Luccioni-Michaux. Le sujet du foncier a été réglé par un compromis intelligent qui montre que tous les acteurs ont réussi à parler ensemble. L’hôpital garde son foncier et la Collectivité celui de l’Ehpad et du parking. La reconstruction de cet hôpital doit aussi être l’occasion de réinterroger le parcours de soin, nos spécialités, de se demander de quoi on a besoin sur le territoire. J’appelle de mes vœux que l’on se mette autour de la table pour que l’on puisse poser un diagnostic : savoir quelles sont les difficultés et comment les résoudre. Il faut que l’on établisse un contrat local de santé entre l’État et la Collectivité. »
En matière de santé, deux sujets reviennent régulièrement dans les conversations à Saint-Barthélemy : la mobilité et la diminution des médecins de ville. Sur la mobilité, le directeur de l’ARS estime qu’il existe deux aspects. Il explique : « La mobilité, c’est la sortie du territoire mais aussi le déplacement sur le territoire. Il n’y a pas d’ambulance privée. J’en profite ici pour saluer l’engagement du Stis (Service territorial d’incendie et de secours) qui, dans le cadre d’une convention, supplée à ces carences. C’est quelque chose d’essentiel pour la population. » Par ailleurs, Philippe Luccioni-Michaux rappelle que « Saint-Barthélemy ne peut pas avoir un plateau technique si développé qu’il répondrait à tous les sujets ». Pour le directeur de l’ARS, un deuxième rideau à Saint-Martin, un troisième en Guadeloupe et un quatrième en Martinique reste indispensable. « La question du transport est un sujet de préoccupation pour lequel je n'ai pas de réponse à ce stade, admet-il. Mais il faut que l’on s’en préoccupe. »
Une co-construction État-Collectivité
Sur la diminution des cabinets de médecins, passés de huit à quatre mais avec l’apport récent d’une généraliste au sein de la Maison de la santé, le directeur se veut rassurant. « Cinq médecins généralistes pour 10.000 habitants (Saint-Barth semble plus proche de dépasser les 12.000, selon les dernières données de recensement, ndlr), on est encore dans une situation raisonnable, assure-t-il. L’île n’est pas un désert médical. Mais si on ne fait rien, ils seront quatre, puis trois… Il faut que la Collectivité, l’État, l’hôpital et les professionnels se mettent autour de la table pour parler attractivité. Il existe plusieurs leviers : des bourses, des accompagnements au logement, des aides à l’installation… Le cadre de vie est attractif mais vivre ici, cela a un coût. Avec l’ARS, on peut faire quelque chose. Pour cela, il nous faut un retour de la Collectivité pour construire ensemble un environnement. La santé, aujourd’hui, c’est une compétence partagée, comme la sécurité ou l’éducation, c’est de la co-construction État-Collectivité. Sinon, on ne va pas très loin. » Aussi, Philippe Luccioni-Michaux considère qu’une aide à l’installation «peut avoir un sens compte tenu des coûts d’entrée ». Il déclare : « Ce n’est pas parce que ce sont des médecins libéraux qu’une aide me choque. »
En pleine Quinzaine du handicap, Philippe Luccioni-Michaux rappelle que l’ARS accompagne à plusieurs niveaux les personnes atteintes par un handicap, notamment les enfants. « D’abord avec une plateforme de repérage précoce qui fonctionne pour l’ensemble du territoire, souligne-t-il. Mais là encore, nous sommes sur un travail très partenarial. »
Pour le nouveau directeur de l’ARS, le message est donc clair. Chaque avancée en matière de santé se fera par le biais de coopérations. Une démarche ancrée dans le dialogue qui impliquera écoute et réactivité de la part de tous les acteurs.
