Debout sur le pont de son petit voilier, cheveux au vent, Marieke Huysmans Berthou offre une dernière douceur à son public. Micro en main, elle délaisse son piano pour entonner un dernier chant, a capella. Sa voix perce la nuit et, lorsqu’elle s’éteint, les spectateurs applaudissent à tout rompre. Assis au bord du quai de l’hôtel de la Collectivité territoriale, ils sont plusieurs dizaines à être venu écouter l’artiste, le samedi 7 mais aussi le dimanche 8 mars. Tous ont ainsi pu assister à deux représentations exceptionnelles de la pianiste, compositrice, interprète mais aussi navigatrice. Car cela fait maintenant plus de dix ans que Marieke Huysmans Berthou parcourt les mers sur son voilier. Et dans chaque port, elle hisse son piano de la cale et se produit pour la population locale. Un concept auquel elle a donné un nom : Pianocéan.
Un voilier en chantier pendant deux ans
Originaire de Saint-Brieuc en Bretagne, dans les Côtes d’Armor, c’est à l’adolescence qu’elle a l’idée, et l’envie, de concilier deux passions : la musique et la navigation. Ou, comme elle le précise, « l’itinérance à la voile ». Elle raconte : « Je me suis d’abord professionnalisée dans la musique mais, en parallèle, je me formais à la navigation à l’école des Glénans. Ensuite, je me suis mise à la recherche d’un voilier dans lequel je pourrais installer mon piano. »
En 2013, elle trouve le navire qui lui convient. Elle en fait l’acquisition et, pendant deux ans, travaille à sa rénovation et à sa transformation à Sète. « Il a fallu faire un trou dans le pont arrière pour installer le piano et inventer un système d’ascenseur pour le hisser sur le pont », explique-t-elle en souriant. Puis vient le grand départ, en 2015, pour une tournée en Méditerranée. « Au départ, j’ai embarqué avec ma meilleure amie, Anne-Lise, qui est photographe, se souvient Marieke. On a navigué ensemble pendant deux ou trois ans. On a fait un livre, d’ailleurs. » Au fil de ses traversées, Marieke fait des rencontres, dont celle de Sébastien qui est devenu son compagnon, de route et de vie. Ensemble, ils ont un fils prénommé Arann. Désormais âgé de sept ans, le garçon arpente le pont du voilier avec le naturel qui sied aux marins aguerris.
Vers la Nouvelle-Ecosse
Au rythme d’une saison de navigation par an, la famille sillonne les mers. Du Nord au Sud. « Parce que je ne donne pas de concert dans le Nord en hiver », s’amuse l’artiste. Difficile d’imaginer, en effet, une session sur le pont dans le froid polaire de Norvège, par exemple. L’une des destinations du Lady Flow, le voilier qui porte Pianocéan. Mais après la Méditerranée il y a eu l’Irlande, l’Ecosse, les Açores, les Canaris et désormais les Antilles. « Après, ce sera le Canada, glisse Marieke. On jouera tout l’été en Nouvelle-Ecosse et on termine à Saint-Pierre-et-Miquelon où on hivernera le bateau. L’été prochain, on fera une tournée sur le Saint-Laurent jusqu’à Montréal. Ensuite, ce sera le Groenland. »
Depuis le début de ses aventures, l’artiste a enregistré neuf albums. Dans le studio qu’elle a elle-même confectionné dans son voilier ! « J’ai mon système d’enregistrement qui me permet de travailler pendant mes voyages, mais aussi d’enregistrer les artistes que je rencontre », explique la pianiste.
Lors de certaines escales musicales plus longues que d’autres, des collaborations naissent avec des artistes locaux. Comme en Guadeloupe, en février. « Chaque année, des aventures s’ajoutent, et ce sont tous ces liens qui font la beauté de ce voyage », assure Marieke. Et qui permettent d’offrir, dans chaque port, des moments de grâce aux spectateurs. Malgré la houle qui, parfois, vient délicatement chahuter le Lady Flow.
Ce samedi 14 et le lendemain, le dimanche 15 mars, c’est sur le front de mer de Marigot à Saint-Martin que Marieke Huysmans Berthou va se produire. Avant de reprendre la mer, des mélodies plein la tête, encore et toujours.
