Saint-Barth -

Le président de la Collectivité a annoncé le lancement du chantier de construction du projet de nouveau centre scolaire à Saint-Jean pour cette année 2026.

Conseil territorial : le début du chantier des écoles annoncé pour cette année

Dans la pile des dossiers qui sont sujets à controverse depuis le début de la mandature, en mars 2022, celui de la délocalisation des écoles de Gustavia à Saint-Jean est sans nul doute l’un de ceux qui ont été au cœur du plus grand nombre d’interrogations et de protestations. Parce que le projet initial, lancé en 2021 sous la présidence de Bruno Magras, a été abandonné en janvier 2023 par la majorité –défunte– conduite par Xavier Lédée. Et parce qu’il a fallu attendre plus d’un an et demi avant qu’une nouvelle mouture du projet ne voit le jour, après diverses tergiversations. Un authentique feuilleton politique et budgétaire qui, l’assure le président Lédée, va prendre fin en cette année 2026.
En effet, lors de la réunion du conseil territorial organisée le jeudi 19 février et au cours de laquelle les élus ont débattu sur le contenu du rapport des orientations budgétaires, Xavier Lédée a annoncé : «Le dossier des écoles va entrer dans sa phase de construction cette année. » De fait, il est prévu qu’une enveloppe de huit millions d’euros soit inscrite au budget primitif 2026 afin d’entamer les travaux. Avant cette année, « seuls » 395.706 euros avaient été mandatés pour le projet dont le coût global a été estimé à hauteur de 28 millions d’euros. Pour une durée de construction de cinq ans.
Toutefois, avant de lancer la phase de construction, il sera nécessaire de déblayer le terrain de Saint-Jean. Achetée dix millions d’euros sous la présidence de Bruno Magras, la parcelle située derrière la route du stade est utilisée depuis l’abandon du projet initial comme parking mais aussi comme dépôt de matériel, d’engins et de remblais par des entreprises.
Pour mémoire, c’est le 4 novembre 2021 qu’un premier concours d’architecte est initié par la Collectivité territoriale. Le 4 janvier 2023, le conseil exécutif de la nouvelle présidence officialise la désignation du lauréat du concours de maîtrise d’œuvre pour la construction du nouveau groupe scolaire. Pourtant, quelques jours plus tard, le 17 janvier, les élus de ce même conseil exécutif votent l’abandon du projet. A l’exception de Romaric Magras (alors chef de file du groupe Saint-Barth d’Abord) et d’Alexandra Questel. Le 28 août 2024, après une commission générale houleuse au cours de laquelle les élus apprennent que toutes les procédures sont caduques et doivent être relancées, le conseil exécutif valide l’organisation d’un nouveau concours. Entre temps, le président Lédée avait évoqué l'idée d'élaborer un nouveau projet, mais sur un autre terrain. Celui acheté dix millions sous la présidence de Bruno Magras n'était alors plus destiné qu'à accueillir un parking et un skate-parc.

Centre culturel : une relance en 2026 ?
Autre dossier qui ne manque jamais de provoquer quelques réactions épidermiques lorsqu’il est évoqué, celui du futur centre culturel et de son parking de 139 places, à Gustavia. Un chantier à l’arrêt depuis plus de deux ans.  Lors de la réunion du conseil territorial du 19 février, le conseiller Fabrice Querrard a indiqué que la collectivité « travaille à trouver une solution pour une reprise des travaux avant la fin de l’année ». Rien n’est fait, par conséquent. En 2025, cinq millions d’euros étaient fléchés pour le financement des travaux. La suspension de ce mandat avait été entériné lors du conseil territorial du 23 octobre 2025. En 2026, une enveloppe de sept millions d’euros devrait être consacrée au projet pour lequel plus de 6,6 millions ont déjà été mandatés. Estimé à 22,6 millions d’euros en mars 2022, le montant total de la construction du centre culturel et du parking s’élève désormais à plus de 31 millions.
Les raisons des retards accumulés sur le chantier débuté sous la précédente mandature sont multiples. L’arrêt des travaux décidé par Xavier Lédée et ses élus dès le début du mandat afin de revoir le projet, tout d’abord. Il a notamment été décidé d’intégrer la bibliothèque territoriale à la structure. Ensuite, des problèmes « techniques » sont intervenus. « Ce projet n’a pas été initialement bien monté et il y a des réajustements à faire, notamment la gestion des eaux de ruissèlement qui n’a pas été faite de manière optimisée et suffisante », a déclaré le président Lédée au JSB en février 2025 (JSB 1603). Une étude d’hydrologie devait être lancée en 2025. Par ailleurs, une entreprise qui s’était vu attribuer une partie du marché a rencontré quelques difficultés administratives. Ce qui a empêché l’avancée des plans pour les fondations qui devaient être posées au mois de mars de l’année dernière. Au final, la Collectivité a été contrainte de relancer un appel d’offres en 2025 pour attribuer les lots du marché. Enfin, dernier épisode en date, la découverte d’un risque supposé de chute de rochers situés sur le terrain qui surplombe le chantier. Un terrain qui n’appartient pas à la Collectivité.
De plus, lors du conseil territorial du 19 février, la présence d’entreprises privées occupant le terrain vague de la « dent creuse » du chantier de Gustavia a été évoquée. Une occupation et des activités qui ont été rapportées et dénoncées à plusieurs reprises auprès des services de la Collectivité, notamment par d’autres société de l’île spécialisées dans la construction. Lors de la séance, Xavier Lédée a affirmé que la Collectivité n’a délivré « aucune autorisation » permettant à ces entreprises d’occuper le terrain et qu’elles « ont été contactées ». Le président a aussi expliqué que le coût des travaux de sécurisation du site privé où se trouvent les rochers supposés dangereux sont estimés à un million d’euros. A la charge du propriétaire. Un nœud de plus dans le sac du centre culturel. Quoi qu’il en soit, Xavier Lédée a confirmé que le chantier sera relancé avant la fin de l’année. Initialement, il était prévu que le centre culturel et son parking soient terminés en 2028.

 

Le débat d’orientations budgétaires en bref

Concert du 31 décembre : « La Collectivité peut se le permettre »
Sans surprise au moment d’aborder les questions budgétaires, les dépenses effectuées par la Collectivité pour organiser la soirée du 31 décembre ont été mentionnées. D’évidence bien préparé, le président Lédée a ainsi pu dérouler son argumentaire. « La Collectivité peut se le permettre », a-t-il assuré, soulignant « des sommes astronomiques » (près de 600.000 euros) mais pour lesquelles « il faut regarder la réalité du terrain. » Ainsi, Xavier Lédée développe : « Faisons un parallèle avec quelqu’un qui gagne 3.000 euros par mois, donc ses recettes annuelles sont de 36.000 euros. Si on fait le ratio de ses recettes par rapport à celles de la Collectivité et la même chose par rapport au concert du 31 décembre, c’est comme si cette personne avait dépensé 200 euros pour son 31 décembre (…) On peut débattre sur les artistes, mais il faut garder ce ratio pour comprendre aussi de quoi on parle et regarder la réalité du terrain. » Et d’arriver à la conclusion suivante : « Dépenser l’équivalent de 200 euros pour le nouvel an de la Collectivité et faire plaisir à la population, c’est une chose qui peut s’entendre. » Voilà qui est bien amené.

Le budget du CTTSB sous le feu des critiques
Si deux des trois élues représentantes des organismes satellites de la Collectivité sont restées silencieuses pendant le conseil territorial du 19 février (Melissa Lake n’a pas pris la parole pour évoquer le budget de la Chambre économique multiprofessionnelle, Marie-Angèle Aubin était absente et n’a donc pas parlé de l’Agence territoriale de l’environnement), Alexandra Questel, présidente du Comité du tourisme, a dû faire face aux interrogations de ses pairs. Principalement sur les raisons pour lesquelles le budget sollicité par le CTTSB s’affiche à la hausse (de 1,3 million d’euros en 2025 à près de 1,9 pour 2026). Les conseillers Maxime Desouches, Marie-Hélène Bernier ou encore Pascale Minarro Baudoin sont successivement montés à la charge afin d’obtenir des explications. Comme souvent, Maxime Desouches s’est avancé en proposant une analyse détaillée du budget du Comité. Il évoque une section de fonctionnement à 748.000 euros (en réalité 665.033 euros selon le budget présenté par le CTTSB aux élus) qui comprend une masse salariale à 501.829 euros pour huit salariés (et non pas cinq, comme il a été indiqué lors du conseil territorial) et des honoraires externes (administratifs, avocats, prestataires, etc), un budget d'investissement à 195.000 euros et un budget de « valorisation, communication et rayonnement » à hauteur de 1,142 million d'euro. « Une subvention de 1,89 million d’euros sur une île qui n’a plus besoin d’être promue mais mieux gérée et mieux entretenue, ce n’est pas raisonnable », a déclaré Maxime Desouches. Il va sans dire qu’Alexandra Questel a répliqué, avec l’appui du directeur adjoint du CTTSB, Narcisse Dupré. La présidente du Comité a ainsi insisté sur le fait que son objectif est de reprendre en main la maîtrise de l’image de l’île à l’étranger. « Mieux répartir les flux dans l’année, mieux informer sur ce qu’il est possible de faire à Saint-Barth, faire rayonner les valeurs de l’île, c’est cela notre mission », a-t-elle indiqué. Alexandra Questel a souligné que le but du CTTSB est de promouvoir « les richesses » de l’île hors des périodes et des circuits festifs. « Notre île a bien plus à offrir », a-t-elle lancé. « Il a fallu tout redéfinir au sein du CTTSB », a précisé Narcisse Dupré. Pour résumer, plusieurs visions de ce que doivent être les missions du Comité se sont opposées pendant de longues minutes. Reste désormais à savoir si le budget du CTTSB sera approuvé lors du vote du budget primitif, courant mars.

Les déçus du mandat
Lors de leur prise de parole, plusieurs élus ont établi un constat pour le moins critique des orientations budgétaires mais aussi de la gouvernance. Francius Matignon, conseiller exécutif et membre éloigné de Saint-Barth d’Abord, a souligné la hausse des dépenses et la diminution de l’excédent de clôture (91,7 millions en 2025 contre 105 en 2024). Il a relevé l’augmentation de 29% des frais d’honoraires et de conseils, de 42% du budget des fêtes et cérémonies, l’absence de « projet concret » de construction d’une nouvelle cuisine centrale ou de logements à Gustavia sur le terrain Elie Rosey.
Dimitri Lédée, du groupe action-Équilibre, a lancé : « On n’a pas beaucoup avancé. L’urbanisme, le transport, tout ça prend du temps, ok. C’est pour ça qu’un mandat dure cinq ans. On a échoué. Les DOB se suivent et se ressemblent. Il y a beaucoup de paroles, peu d’actions (…) On continue avec une mauvaise politique de développement. »
Cheffe de file de Saint-Barth d’Abord, Alexandra Questel imagine « une île où l’éducation est la priorité », tout comme la santé ou le respect de l’environnement. Elle pointe aussi du doigt l’absence de projet pour la cantine scolaire, les retards accumulés des grands projets (écoles, centre culturel, pôle handicap)… « Ce qu’on demande, au fond, c’est simple, dit-elle. Des priorités claires, des délais tenus, et du respect pour ceux qui vivent ici. »

Un poste de collaborateur contesté
Marie-Hélène Bernier, première vice-présidente, a une fois encore soulevé la question du poste occupé au sein du cabinet du président par son ancien collaborateur. Un collaborateur avec lequel elle ne travaille plus depuis que ce dernier a rédigé contre elle un signalement pour des faits de harcèlement moral, fin 2023. Le temps de l’enquête administrative, à l’issue de laquelle il a été établi que les faits rapportés ne constituaient pas un harcèlement moral, le collaborateur a été intégré au cabinet du président. Un poste qu’il n’a pas quitté depuis. Or, Marie-Hélène Bernier indique : « J’ai interrogé le centre de gestion de Guadeloupe qui a été très clair dans sa réponse écrite : tout poste occupé doit faire l’objet d’une délibération. » Et de remarquer que « aucune délibération n’a créé de poste d’un deuxième directeur de cabinet au service du président ou d’un adjoint de directeur de cabinet du président ». A ces remarques, Xavier Lédée a rétorqué en séance : « La terre entière a été saisie sur ce dossier et jusqu’à maintenant personne ne m’a dit que je ne pouvais pas garder Benjamin Vigneron ou payer son salaire. Si la justice considère qu’il y a un problème, je réajusterai. On ne va pas refaire le débat. »

Jumelage avec Saint-Thomas : une signature le 10 mars ?
Lors de la réunion du conseil territorial du 19 février, le sujet du jumelage avec Saint-Thomas (Iles Vierges étasuniennes) est intervenu dans les échanges entre les élus. L’occasion pour le président Lédée de préciser qu’un voyage officiel à Saint-Thomas a récemment été annulé « pour des raisons de transport » mais qu’il a été reprogrammé pour le 10 mars. Malgré une visite ministérielle annoncée le 9 mars, a dévoilé Xavier Lédée. « Tout le monde a hâte de finaliser ce jumelage et de le lancer », a affirmé l’élu qui, dans le même temps, a indiqué qu’il n’entendait pas annuler ce voyage, même si la visite ministérielle est confirmée. Pour rappel, une association Saint-Barth des Amis de Saint-Thomas a officiellement vu le jour sur l’île (lire JSB 1653). Son président, Vianney Blanchard, sera évidemment du voyage le 10 mars.

 

Journal de Saint-Barth N°1654 du 26/02/2026

Nadette, centenaire à Flamands
Débat d'orientations budgétaires
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